Déplacement à vélo : changeons de braquet

Défendu par quelques écologistes ou passionnés il y a quelques années, le déplacement à vélo occupe désormais une place importante dans le débat public. En ces temps de campagnes municipales, rares sont les listes à ne pas évoquer « un plan vélo », une « politique de mobilité douce« . Si quelques villes françaises se démarquent par leurs efforts, ces « plans vélo » peinent à se concrétiser sur le terrain et les routes restent encore trop souvent inadaptées, voire dangereuses, pour la pratique de la petite reine. Si ces politiques de déplacements à vélo peinent à se déployer, cela tient parfois à des discours creux, sans volonté réelle, mais pas seulement. La méthode est également en cause : construire un réseau vélo nécessite un plan d’ensemble, mais aussi de connaître les aménagements fonctionnels …

Construire un plan de déplacement en vélo …

Une des premières règles pour favoriser la mobilité douce consiste à analyser le secteur à aménager : quels sont les itinéraires vélo existants, quels sont les points noirs ? Durant cette phase de diagnostic, va être établie une hiérarchie des axes utilisés par les cyclistes : axes principaux entre villes et villages, pistes utilisées pour desservir des quartiers, réseau de proximité. Cette phase d’analyse est importante : on n’aménagera pas une desserte de quartier comme un axe pour rejoindre une ville proche. Ces données permettent de concevoir un schéma directeur cohérent.

 Piste cyclable à travers la campagne, champs de chaque côté, haies à l'arrière-plan. Cette voie verte est abîmée : présence d'ornières creusées par la pluie, révélant les gros cailloux présents sous le stabilisé.
Nombre de pistes cyclables sont réalisées en stabilisé … sans être plébiscité par les usagers : dangereux en cas de freinage ou d’évitement, risque d’ornièrage, bruyants, peu roulants ...

Trop souvent encore, les aménagements se font par petites touches, sans vision d’ensemble. Résultat : le cycliste alterne tronçons relativement aménagés et zones inadaptées.

À noter qu’associer les pratiquants du vélo à la conception du schéma directeur et des divers aménagements constituent un gage de réussite.

Des circuits vélos directs pour des déplacements efficaces …

Faire gagner un maximum de temps aux vélos constitue la règle de base pour favoriser ce mode de déplacement au quotidien. Le vélo allant moins vite qu’un engin motorisé, il s’agit de compenser cet inconvénient intrinsèque.

Carte de la presqu'île guérandaise présentant deux voies de circulation entre Saint-Nazaire et Guérande : la piste cyclable vélocéan qui serpente et la voie express, au tracé bien plus direct. La voie cyclable a un parcours quasiment deux fois plus long et nuit à un déplacement à vélo régulier
Une piste cyclable qui ne peut être une voie de déplacement quotidienne : la Vélocéan et ses méandres, comparée à la voie express (en rouge). Un axe vélo plus direct diminuerait le temps de trajet par deux.

Ceci est moins vrai pour les pistes cyclables touristiques : celles-ci peuvent être moins directes d’un point à un autre. Mais dans ce cas elle ne serviront pas aux déplacements quotidiens : combien de pistes de ce type, au demeurant fort jolies, sont considérées par les aménageurs comme voies de déplacement quotidien. Preuve d’un mauvais diagnostic initial … et de concepteurs pratiquant peu le vélo : une voie touristique qui double le temps de trajet en deux roues, aussi bucolique soit-elle, ne deviendra pas une voie pour aller quotidiennement au travail !

Pas de pied à terre !

Éviter au maximum l’arrêt des cyclistes est une autre règle de base pour développer les déplacements vélos. Un trajet ponctué de nombreux arrêts, qui signifient autant d’énergie pour relancer le vélo, rebutera à terme les usagers. Les arrêts nuisent à la qualité du déplacement. Les feux pour vélo, par exemple, doivent ainsi passer au vert à leur approche, soit par détection, soit par réglage sur la vitesse moyenne d’un vélo.

Aménagement pour inciter au déplacement à vélo : cycliste lançant des déchets en roulant dans une poubelle penchée, jeune femme vue de dos arrêtée à un feux et posant son pied sur un repose-pied (évite de descendre de la selle), rond-point à l'architecture contemporaine pour cyclistes
Petits et grands aménagements pour vélos : poubelle penchée pour éviter le pied à terre … repose pied si l’on a pas le choix que d’arrêter le cycliste … et rond point à vélos au-dessus d’une voie rapide !

Faire passer le déplacement à vélo de l’incantation à une véritable alternative à la voiture est possible, comme le montre l’exemple de Copenhague. 49 % des déplacements quotidiens y sont fait en vélo … contre 4 à 5 % en moyenne en France. Atteindre cet objectif nécessite méthode, concertation des usagers et oblige sur certaines zones de croisement à favoriser le vélo à la voiture.

Piste cyclable en campagne, sécurisée, séparée de la route par un parapet en béton. Piste neuve, en bon état, peinture propre au sol, panneaux routiers spécifiques vélo
Un aménagement pertinent : sécurisé car séparé de la route par une bordure béton, revêtement lisse et roulant, signalétique claire …

Peindre des voies cyclables sur des routes à voitures ne sera pas suffisant, pas plus que gravillonner des chemins existants ou d’anciennes voies ferrées. Il faut changer de paradigme et accorder à ce mode de transport la place qu’il mérite en concevant de véritables axes cyclables utilisables pour les déplacements quotidiens. Rendre les villes moins bruyantes, moins polluées, moins émettrices de carbone est possible à condition de rendre la pratique du vélo sécurisé, désirable et accessible à tous. Et d’y consacrer des moyens …