Éco-pâturage : chiffres clefs

Vue d'un enclos circulaire en pierres, montées à sec, avec couronnement en pierres posées verticalement. Rarement utilisé en éco-pâturage !
Enclos monté en « pierres sèches » : il s’agit d’un des plus vieux type d’enclos pour animaux

Des huttes en bois, des outils en pierre, la poterie n’a pas encore été inventée et déjà des enclos avec des moutons … Au Moyen-Orient, 10 000 ans avant notre ère, les hommes préhistoriques, sédentaires depuis peu, domestiquent pour la première fois des animaux et commencent par le mouton. L’éco-pâturage s’inscrit dans cette histoire pluri-millénaire où paysages et animaux sont intimement liés.

A gauche, un mouflon. A droite, un mouton "Scottish Blackface", race domestique courante au Royaume-Unis. Rustique et adapté aux terres pauvres, il peut être utilisé en éco-pâturage
Le mouflon : ancêtre du mouton ? Deux théories s’affrontent : soit le mouflon domestiqué, est devenu mouton … soit le mouflon est un mouton redevenu sauvage …

Définition

L’éco-pâturage consiste à proposer un service d’entretien d’espaces verts ou d’espaces naturels par des animaux, de manière à conserver ces espaces à l’état de prairies. Cette technique évite tontes, fauchages, broyages mécaniques et désherbants polluants. Les espaces entretenus sont majoritairement situés en milieu urbain ou périurbain.

Comme l'éco-pâturage, le désherbage mécanique fait partie des techniques alternatives d'entretien des espaces verts. Ici, une désherbeuse mécanique à brosse poussée par un agent "espaces verts".
Bénéfique pour la protection de l’environnement, les désherbages sans pesticides sont plus coûteux en temps. Ici, désherbage par brossage mécanique.
© Escomel

En ville, l’éco-pâturage s’inscrit dans les plans de gestion différenciée. Il épargne du temps de tonte et fauchage aux agents des collectivités, notamment mobilisés sur le désherbage mécanique des voiries depuis l’interdiction de l’usage des désherbants par les collectivités. L’éco-pâturage en milieu urbain joue un rôle social en réintroduisant la nature en ville et en modifiant le cadre de vie. Après l’installation de chèvres en pied d’immeubles, « on a remarqué qu’une cohésion s’est recréée autour du projet » témoigne Marion Raspail, chargée de mission chez le bailleur social « Haute-Savoie Habitat ». Le lieu est « devenu un lieu d’échange, de partage (…), les gens s’intéressent à leur lieu de vie, à leur environnement ». L’éco-pâturage a également une fonction d’éducation à l’environnement. À Montpellier, par exemple, les enfants des écoles et centres de loisirs sont sensibilisés à la biodiversité par le biais de visites de sites entretenus par des animaux. Dans des espaces naturels, le pâturage doit être adapté au milieu et se fait de manière extensive. À certaines périodes de l’année, les animaux peuvent être retirés pour préserver la faune et/ou la flore spécifiques de ces milieux.

Un secteur en fort développement

Dans les années 90, l’éco-pâturage était une pratique marginale. En 2000, la Caisse des Dépôts et Consignation recensait 20 villes inscrites dans des programmes d’éco-pâturage. Le même organisme comptait 150 projets en 2013 et 350 en 2014. En regroupant structures publiques et organismes privés, la barre des 1000 projets est désormais dépassée. Actuellement, sur l’ensemble du territoire national, une centaine de prestataires proposent un service d’éco-pâturage.

Les animaux

Un mouton de race solognote, utilisé en éco-pâturage (assez peu en Loire-Atlantique), robe gris-beige, ventre, pattes et tête bruns
Le mouton solognot, utilisé en éco-pâturage, possède un caractère vif et curieux, qui le rapproche de la chèvre

La star de l’éco-pâturage c’est le mouton ! Si les ovins sont les animaux les plus utilisés en éco-pâturage, les chèvres, les bovins mais aussi les chevaux et poneys peuvent être des ressources précieuses. L’activité se pratique avec de nombreuses races. Pour le mouton, le Ouessant est plébiscité mais le Lande de Bretagne ou le Solognot sont également utilisés. L’éco-pâturage permet ainsi la préservation des races anciennes et de la biodiversité domestique. Pour les caprins, la chèvre des fossés se retrouve dans de nombreux projets d’éco-pâturage.

Pour les bovins, de nombreuses races « historiques » sont employées selon les régions : vaches marines landaises, vaches bordelaise, bretonne Pie Noir … Pour l’entretien de landes ou de zones marécageuses, on recourt fréquemment à la race Highland Cattle, très rustique et adaptée à ces milieux difficiles.

Les prix

Une question revient souvent : combien ça coûte ? Sans faire une réponse de normand, les prix sont variables ! Ceux -ci dépendent des surfaces entretenues. En moyenne, les tarifs sur de petites surfaces (2000 m²) tournent autour de 1 €/m² à l’année. Les prix peuvent cependant descendre à moins de 10 centimes/m² pour de grandes surfaces (plus d’un hectare). Sur cette question, l’éco-pâturage n’a rien inventé : comme pour une tonte mécanique, les tarifs sont dégressifs en fonction des surfaces. Les prix peuvent être plus bas pour un débroussaillage temporaire.

Eco-pâturage en ville : transhumance de moutons dans une rue, devant des passants
Une forme d’éco-pâturage rare : l’itinérance en milieu urbain. Les animaux paissent de parcs en parcs sous la conduite d’un berger. Ici à Aubervilliers.
Photo AFP

Si l’éco-pâturage est réapparu il y a une vingtaine d’années pour l’entretien de zones naturelles, il permet désormais l’entretien de nombreux autres espaces. Il s’est rapproché des villes, en conquérant les espaces verts des entreprises notamment. On le trouve désormais en zone très urbaine (bassins d’orage, parcs, trouées vertes, en pied d’immeubles …). Entre la prise de conscience des enjeux écologiques, le rôle social de l’éco-pâturage et la satisfaction des clients relevée par des études, nul doute que son développement n’est pas achevé.