L’assainissement écologique

La qualité de l’eau en France est souvent décriée. Si la présence de pesticides y est de plus en plus importante, on oublie que sa qualité bactériologique s’est grandement améliorée depuis une cinquantaine d’années. La disparition des pathogènes s’est faite grâce à une politique volontariste de traitement des eaux usées. Assainissement non collectif et station d’épuration (STEP) ont permis cette amélioration de la qualité de l’eau. Lorsqu’on évoque ces équipements, on pense généralement fosse sceptique et grands bassins de béton … Mais le traitement de nos eaux usées peut aussi être assuré par des systèmes d’assainissement écologique …

Principe de fonctionnement

Aux stations « classiques », certaines communes ont préféré des systèmes d’assainissement écologique par lagunage. Les grands bacs en béton circulaires sont remplacés par des bassins. Les eaux usées vont circuler dans ces bassins, par simple gravitation, durant un temps prolongé. Les bactéries, nourries par les algues et les plantes vont contribuer à nettoyer l’eau de ses polluants.

Coupe d'un système en assainissement écologique par lagunage : dégraisseur, puis succession de trois bassins, dont le dernier contient des plantes.
La base du lagunage est le soleil : il permet la photosynthèse des algues et des plantes, qui nourriront les bactéries aérobies, qui dégradent les polluants.

Du grand … voire du très grand !

Assainissement écologique par lagunage, deux bassins successifs avec quelques plantes aquatiques
Exemple d’une petite station communale de lagunage

Dans le secteur littoral de la Loire-Atlantique, les communes d’Herbignac, d’Asserac, d’Avessac, de Guenrouët … ont opté pour ces systèmes d’assainissement écologique par lagunage.

L’assainissement par bassins naturels existe également pour des communes de plus grandes dimensions. À Honfleur, dans le Calvados, la station d’épuration par lagunage reçoit les eaux usées de 26 000 habitants. À Rochefort, elle traite les eaux de 35 000 personnes …

Assainissement écologique : bassins paysagers en cercles concentriques, avec allées pour les visiteurs
À Honfleur, les bassins de la station d’assainissement ont été conçus comme un parc paysager. Ouverts au public, ils se visitent et s’exposent à l’entrée de la ville

Assainissement écologique : aussi pour les petits !

Assainissement écologique pour particulier : vue de bassins avec plantes aquatiques fleuris disposés en pente devant une maison
Un système d’assainissement écologique peut s’avérer très esthétique.

L’assainissement écologique n’est pas réservé aux communes, de nombreuses sociétés proposent des systèmes pour particuliers. Des associations proposent également des stages pour apprendre à réaliser soit même le système, pour un coût moindre qu’un système avec fosse toutes eaux. Ces systèmes favorisent la biodiversité au jardin en accueillant toute une faune et une flore aquatique.

Images de deux tritons que l'on peut rencontrer dans les derniers bassins d'un assainissement écologique par phytoépuration
Dans les derniers bassins de phytoépuration, il est possible de trouver des tritons. Ce sera alors la preuve que l’eau est bien filtrée, ils ne supportent pas la pollution ! À gauche, tritons palmés, assez commun, à droite, plus rare, le triton crêté

L’assainissement écologique présente de nombreux avantages. Les coûts de fonctionnement demeurent moins élevés que ceux des stations lambda. Ils consomment en effet peu ou pas d’électricité et leurs curages sont peu fréquents. Rustiques, leur technique est simple et leur suivi peu compliqué. Lorsqu’ils sont paysagers, ils participent d’un environnement agréable.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est ecopaturage-lagunage.jpeg.
Entretien des bassins par des moutons d’Ouessant à Silfiac dans le Morbihan (56)

Toute une faune (oiseaux d’eau notamment) et une flore s’y installent, ces installations participent ainsi à la sauvegarde de la biodiversité. L’entretien autour des bassins peut se faire en éco-pâturage, ce qui améliorera encore le bilan environnemental de la station.

Vers un tourisme écologique ?

L’heure des vacances approchent pour nombre d’entre nous et les enjeux environnementaux questionnent notre manière de voyager. Le tourisme mondial représente 8 % des émissions de gaz à effet de serre … il émettait 15 % de moins il n’y a que 5 ans. Le développement du tourisme de masse impacte aussi des écosystèmes fragiles (littoraux, mangroves …). Pourtant, des pistes pour un tourisme écologique existent !

Le but c’est le chemin

À la une des médias en ce moment, les voyages en avion sont décriés : un déplacement en avion émet en moyenne 25 fois plus de CO2 que le train.

Vue en contre-plongée de deux ponts ferroviaires en pierre, dans un paysage de montagne. Le train est un des moyens de transport à privilégier pour le tourisme écologique.
Le trajet peut aussi faire partie intégrante des vacances : la France possède des lignes ferroviaires incroyables.
Voie cyclable dans une ancienne rue taillée dans la roche. Le vélo participe du tourisme écologique
Passage troglodyte sur le parcours de la Loire à Vélo, à Dampierre dans le Maine-et-Loire

Le tourisme écologique peut démarrer très près de chez soi : la Loire à Vélo offre l’occasion de redécouvrir l’un des grands fleuves sauvages d’Europe, de manière vertueuse !

Autre itinéraire vélo à portée de roue … le Canal de Nantes à Brest. Il est possible de bivouaquer sur les bords du canal, qui est du domaine public.


Vue d'une chapelle le long du canal de Nantes à Brest
Un des passages les plus beaux du canal : à proximité de Mellionec, dans les Côtes-d’Armor. Avantage des canaux pour
les cyclistes débutants : c’est plat !

De nombreux gîtes et campings permettent d’offrir un peu de (ré)confort lorsque l’on s’arrête de rouler. Le tout à des tarifs très raisonnables.

Des labels …

De nombreux labels existent et proposent des vacances responsables. Il reste difficile de s’y repérer … trois sont fiables : l’écolabel européen, la clef verte et Green Globe … Le réseau Accueil Paysan permet de profiter de vacances à la ferme, d’activités pédagogiques, de bon repas …

Des touristes découvrent un troupeau de moutons en moyenne montagne. Le réseau Accueil Paysan s'inscrit dans un mouvement de tourisme écologique
Le réseau Accueil Paysan permet de se reconnecter à la nature et de découvrir le quotidien de ceux qui nous nourrissent

Et au quotidien …

Lorsqu’on part en vacances, on pense crème solaire, maillot de bain … on peut ajouter à sa liste une gourde, pour éviter les bouteilles plastiques. On peut également prévoir d’emporter quelques boites en verre pour conserver les aliments et éviter le gaspillage lors des pique-niques par exemple. Votre route des vacances sera nécessairement ponctuée de magasins de producteurs : une bonne occasion de faire vivre l’économie locale, de limiter les déplacements de marchandises … et de marier tourisme écologique et découverte de la gastronomie locale !

Un méandre de la Sioule, entouré de forêt, château surplombant la rivière.
Choisir des destinations proches permet de découvrir des sites magnifiques, loin du tourisme de masse. Ici la vallée de la Sioule, dans l’Allier

Coopératives citoyennes d’énergie : acteurs de la transition

Depuis une quinzaine d’année, de nombreuses coopératives citoyennes d’énergie émergent. L’ouverture des marchés de l’énergie à la concurrence, en mettant fin au monopôle d’EDF, a permis l’apparition d’acteurs privés mais également de structures contrôlées par la société civile. De formes juridiques diverses, décentralisées et démocratiques, les coopératives d’énergie s’invitent dans le paysage concurrentiel.

Fonctionnement démocratique et investissement citoyen

Les premières coopératives citoyennes d’énergie sont apparues il y a une quinzaine d’années. La volonté de ces collectifs étaient de participer à la transition énergétique en installant des moyens de production d’énergie renouvelable. La collecte d’épargne issus des particulier, souvent complétés de prêts bancaires, permet de financer ces projets. Les statuts juridiques des coopératives citoyennes d’énergie sont nombreux : Société par Actions Simplifiées, Société Coopératives d’Intérêt Collective .. Leur dénominateur commun réside dans l’implication citoyenne tout au long du projet. Au-delà de l’investissement financier, les coopérateurs participent aux décisions, co-gèrent les structures … et reprennent en main leur énergie !

Distributeur d’énergie verte

ENERCOOP est un pionnier dans la distribution d’énergie renouvelable. Coopérative citoyenne, ENERCOOP distribue de l’énergie d’origine renouvelable depuis plus de 10 ans. La coopérative ne vend pas plus d’énergie qu’elle n’en achète d’origine renouvelable. Les contrats sont passés en direct avec les producteurs, sans passer par le marché des « certificats verts », dont le fonctionnement est régulièrement dénoncé par les ONG. En 2010, ENERCOOP participe au lancement d’Énergie Partagée, structure qui soutient et finance les coopératives citoyennes d’énergies.

Solaire et éolien citoyen près de chez vous !

Localement, le parc de Beganne, dans le Morbihan, a été inaugurée en 2014. Quatre éoliennes de 2 MegaWatt chacune produise la consommation électrique de 6000 foyers … 1000 habitants ont contribué au financement, pour un budget total de 12 millions d’euros … Premier parc citoyen éolien de France, il fera des émules à quelques kilomètres avec deux nouveaux parcs éoliens coopératifs en Loire-Atlantique : les sites de Sévérac-Guenrouët et d’Avessac sont mis en service en 2016.

groupe d'habitants investis dans une des coopératives citoyennes d'énergie, posant devant leur éolienne en arrière plan
Citoyens devant « leurs » éoliennes, ici à Avessac

Sur la presqu’île guérandaise, l’association Cap Soleil, promeut l’énergie photovoltaïque coopérative. Début 2019, la première centrale de production solaire, financée par des citoyens, a été installée sur les toits des « P’tits Ensemble(s)« , dans l’écoquartier de la Maison Neuve de Guérande.

Autre exemple parmi les coopératives citoyennes d'énergie : la centrale photovoltaïque des P'tits Ensemble(s) à Guérande (département 44)
Les habitants des P’tits Ensemble(s) ont prêté leurs toits pour l’installation de la centrale photovoltaïque coopérative

Que ce soit dans le domaine de la distribution ou de la production, les projets coopératifs autour des énergies renouvelables se développent et se structurent : plus de 200 projets sont à l’étude en France pour installer des parcs éoliens ou des centrales solaires à l’initiative de collectifs citoyens. D’un point de vue technique et financier, des structures régionales accompagnent les porteurs de projets. Co-watt, par exemple, en Pays de la Loire, accompagne techniquement les associations locales dans leur projet d’installation photovoltaïque. Co-Watt a ainsi soutenu le projet guérandais initié par Cap Soleil. Les coopératives citoyennes d’énergie permettent de collecter de l’épargne, d’ancrer les projets sur nos territoires et de les contrôler de manière démocratiques. Très généralement accompagnés de programme d’économie d’énergie, via des actions de sensibilisation notamment, ces nombreuses initiatives permettent à chacun d’investir, et de s’investir, dans la préservation de notre climat.

Trame verte et bleue, source de biodiversité

La perte de biodiversité occupe depuis quelque temps une place médiatique importante. La trame verte et bleue constitue un levier d’action important pour préserver et restaurer une biodiversité largement érodée.

Définition, cadre juridique

La trame verte et bleue est constituée de corridors écologiques (appelés aussi continuités écologiques) qui, ensemble, doivent former un maillage sur le territoire national. La trame verte correspond aux milieux naturels terrestres : forêts, prairies naturelles, haies, bosquets … Fleuves, rivières, marais, mares, estuaires forment la trame bleue. L’urbanisation (routes, voies ferrées …) et le remembrement ont affecté la continuité de ces trames en impactant profondément la biodiversité : les espèces ne peuvent plus circuler, rejoindre leur aire de reproduction, n’ont plus suffisamment d’espace vital.

Vues aériennes d'un paysage bocager et d'un paysage où les haies ont été arrachées. La trame verte et bleue est rompue dans ce dernier cas.
Exemple d’un paysage avant et après remembrement. L’arrachage des haies fait doublement chuter la population de microfaune et de macrofaune : leur habitat disparaît en grande partie et, faute d’espace abrité, elles ne peuvent plus circuler d’un milieu naturel résiduel à l’autre

Les corridors écologiques peuvent être créés ou reconstitués en milieu urbanisé. À Guérande, l’écoquartier de la Maisonn L’objectif de cette trame verte et bleue est de constituer un réseau dense d’espaces naturels dans lequel les espèces pourront se déplacer, se reproduire, se reposer. Politique publique mise en place suite au Grenelle de l’environnement, la trame verte et bleue est obligatoirement prise en compte dans les projets d’aménagement. D’aucuns pointent le fait que les grands projets d’aménagement contournent l’obligation de continuité écologique puisque relevant d’autres règles juridiques : utilité publique, études d’impacts ciblées sur le projet mais n’incluant pas une vision plus globale …

Vue aérienne d'un passage à gibier recouvert de végétation, vue d'un petit passage souterrain pour les petits animaux. L'un comme l'autre participe de la trame verte et bleue
Exemples de passages à animaux : de l’impressionnant passage à gibier au-dessus d’une autoroute au simple passage à amphibiens … moins clinquant, ce dernier assure dans certains cas une baisse de 90 % de la mortalité chez crapauds et autres tritons !

Les milieux « frontières », riche en biodiversité

Haies, lisières de forêts, bords de mer sont des milieux riches en biodiversité. Ils abritent en effet des espèces propres à chaque milieu adjacent (forêt et prairie dans le cas d’une haie par exemple), mais également des espèces spécifiques …

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est chouettes.jpeg.
La chouette hulotte (à droite) est nettement plus grande que la chouette chevêche (à gauche)

Un bocage constitué de haies « serrées » conviendra à la chouette hulotte, espèce plutôt forestière. La chouette chevêche appréciera des haies ouvertes sur de grandes parcelles … quand la chouette hulotte désertera ces espaces trop ouverts. Ces espaces-tampons jouent un rôle majeur dans le maintien de la biodiversité tant par leur richesse écologique intrinsèque que par leur rôle de corridor environnemental.

Schéma d'une trame verte et bleue : bois, haies, cours d'eau, mares sont connectés entres eux.
Exemple de trame verte et bleue : haies, cours d’eau, bosquets entre des massifs forestiers

Écoquartier de Guérande, un exemple urbain

Vue de la trame verte et bleue de l'écoquartier de Guérande en Loire-Atlantique, département 44
Les espaces verts de l’écoquartier sont liés aux champs et haies existants (en haut) et aux espaces verts existants (en bas) pour assurer une continuité écologique en milieu urbain

Les corridors écologiques peuvent être créés ou reconstitués en milieu urbanisé. À Guérande, l’écoquartier de la Maison Neuve intègre des corridors écologiques, connectés à la campagne environnante. De larges espaces verts ont été ouverts dans ce nouveau quartier, intégrant prairies et haies champêtres. Les bassins d’orage, linéaires, ont été raccordés aux ruisseaux et points d’eau existants pour former une trame bleue cohérente.

Vue de bassins d'orage, linéaires, remplis de végétation (roseaux, genêts ...). Commune de Guérande. Loire-Atlantique, département 44
Les bassins d’orage sont linéaires, ils courent à travers l’écoquartier. Ils constituent des habitats et zones de passage pour les amphibiens.

La trame verte et bleue s’impose comme un élément clefs de la reconquête de la biodiversité. Les aménagements et plantations que l’on peut faire chez soi (jardin ou balcon) permettent à chacun de contribuer à son échelle au retour de la biodiversité, y compris en zone urbaine … et de profiter du chant des grenouilles dans son quartier ou de la visite à la nuit tombante d’un hérisson !

Suivre le troupeau, une preuve d’intelligence ?

Le mouton est souvent considéré comme peu intelligent. Les expressions qui l’évoquent sont rarement flatteuses : se comporter comme un mouton, c’est être celui qui suit bêtement le troupeau, les comportements des autres, qui n’a pas de personnalité. Le « mouton noir » n’est pas particulièrement gratifiant … sans parler de la « brebis galeuse », qui contamine ses voisins. Le caractère placide du mouton est même connoté péjorativement au travers de l’expression « Doux comme un agneau », sous-entendu : il va se faire tondre !

Troupeau de mouton très serré, tête noire, museau blanc, corps blanc
Naturellement, les moutons chercheront à se diriger vers un espace ouvert plutôt que vers un espace qui leur paraît sans issue. Ils préfèrent passer d’un endroit sombre à un endroit éclairé que l’inverse

Même l’Histoire s’y met : avec l’image des « moutons de Panurge », François Rabelais dans son ouvrage le « Quart Livre », décrit la bêtise du troupeau suivant aveuglément le meneur. Pourtant, au-delà de ces expressions, l’étude des moutons dévoile des comportements variés, adaptés à leur survie et une intelligence qui n’a rien à envier à d’autres mammifères !

Mouton et troupeau : pas toujours !

Le mouton ne vit pas forcément en troupeau. Dans des zones sans prédateur, il évoluera de manière solitaire ou en petits groupes. Lorsqu’ils s’organisent en troupeau, les moutons ne suivent pas le premier venu, contrairement à l’expression « suivre le troupeau ». Généralement, l’animal dominant est une brebis, et non un bélier. C’est généralement la brebis la plus vieille et celle qui a la plus grande descendance qui joue ce rôle. De même, le conducteur du troupeau n’est pas nécessairement le chef. Dans les grands troupeaux, des vigiles se placent en bordure du groupe et alertent en cas de danger. Le comportement grégaire des ovins explique qu’il fut un des premiers animal à être domestiqué : ils se regroupent naturellement, ce qui facilite leur déplacement.

Troupeau de moutons dans un champ très vert, rivière dans le fond, brebis et agneaux, certains couchés
Les moutons aiment l’espace ! S’ils se sentent acculés, ils peuvent charger ou ruer, notamment les brebis pour protéger leurs petits.

Une mémoire de mouton !

Des études scientifiques montrent que le mouton fait partie des animaux ayant le plus de mémoire … voire étant celui qui en posséderait le plus … Dans certaines situations, il serait capable de mieux mémoriser que les être humains ! Les ovins sont ainsi capables d’analyser la disparition d’un des leurs dans un troupeau, même composé de très nombreux individus. Ils possèdent également la faculté de mémoriser l’identité d’une cinquantaine de leurs congénères pendant deux ans.

Mouton regardant l'objectif, d'un air curieux
Le mouton a un odorat et une ouïe plus développés que les nôtres, mais voit moins bien que nous.

Ils savent reconnaître un visage humain, même tourné de trois-quart. Plus surprenant encore, ils savent identifier les émotions sur un visage humain ! Ils connaissent un grand nombre d’émotions, ce qui est également signe d’intelligence.

Les préjugés concernant les moutons trouvent leur origine dans leur fuite devant un prédateur et dans leur propension à paniquer lorsqu’ils se trouvent isolés … et potentiellement à réagir de manière incongrue. Mal armé face au danger, notre herbivore n’a que la fuite comme recours … ce qui n’est pas un signe d’absence d’intelligence. L’humanité se serait sans doute éteinte si nos lointains ancêtres n’avaient pas eux-même usé de cette stratégie ! Selon le chercheur Xavier Boivin, « Un mouton n’est rien en dehors de son troupeau. C’est cependant un animal très grégaire et sociable, qui a une excellente mémoire et s’attache beaucoup à l’homme ». Le mouton, éternel mal-compris ? Et le scientifique de conclure : « La lecture de son comportement est plus compliquée que sur d’autres animaux ». Le mouton ne serait-il bête que parce que nous ne le comprenons pas ?

Médico-social et animaux : un bénéfice à gérer

Présence ponctuelle d’un animal en institution

Jeune handicapée en situation de handicap mental faisant du cheval sans les mains, la longe du cheval est tenue par une encadrante
L’équitation permet de travailler sans contrainte l’équilibre, la posture, le tonus du corps

Les établissements accueillant des personnes handicapées organisent pour la plupart des activités en lien avec les animaux : visite en ferme pédagogique, promenade des chiens en refuge, équitation, etc.

Les professionnels du secteur sanitaire et médico-social s’accordent sur le bienfait de la relation à l’animal pour les bénéficiaires des structures, que ce soit au niveau éducatif, socialisant ou thérapeutique.

Les bienfaits du contact avec l’animal

Approcher un animal demande un apprentissage de la gestion des émotions, ce qui n’est pas le plus simple pour certaines personnes en situation de handicap, tout comme chez le jeune enfant. Entrer en relation avec un animal implique de s’arrêter, de se mettre à l’écoute, de se caler sur les besoins de l’animal et donc de se décentrer : la personne qui veut approcher un animal doit prendre en compte les besoins de celui-ci pour réussir à entrer en relation, à l’approcher, à le caresser.

Vue d'un jeune homme dans un établissement médico-social tendant sa main à un hamster, qui vient la renifler.
Afin que l’animal se laisse toucher, la personne doit contrôler ses émotions, son impulsivité. La récompense à cet effort est immédiate : l’animal se laisse caresser, l’estime de soi est renforcée.

S’il doit le nourrir, le soigner, celui qui est cantonné le plus souvent en situation de personne aidée, devient l’aidant : de lui dépend un autre être vivant, sur lequel il doit veiller pour subvenir à ses besoins. S’occuper d’un animal met en situation de responsabilité. Une fois le contact établi avec l’animal, ce sont tous les sens qui sont en éveil : la vue, l’odorat, le toucher (caresses à l’animal), l’ouïe (quel bruit fait l’animal en mangeant, en ronronnant…). Côtoyer un animal est donc un formidable support d’éveil des sens. Des acquisitions motrices sont facilitées par la médiation animale : brosser le pelage, servir une gamelle d’eau, autant de gestes motivants pour travailler la coordination des gestes.

Présence apaisante, support d’acquisitions variées, de communication, de contrôle des émotions : pour toutes ces raisons et pour le plaisir qu’apporte la relation à l’animal, de nombreuses institutions intègrent dans leur projet éducatif des activités en lien avec les animaux.

Vue de pensionnaires d'un établissement médico-social effectuant une tournée de ramassage de verre (tri sélectif) avec une charrette et un âne
Une activité avec des animaux source de lien social : ramassage du verre par des personnes en situation de handicap mental. Source : Les Cahiers de l’Âne

Avoir des animaux à demeure, des contraintes à gérer

Malheureusement, ce sont le plus souvent des activités ponctuelles, à l’extérieur de l’établissement. Peu d’institutions font le choix d’une présence animale en leurs murs. En effet, assumer la présence d’animaux en établissement médico-social est lourd de conséquence pour la direction, qui se heurte à la législation et aux normes sanitaires. De plus, la présence d’un animal engage une responsabilité, qui est d’assurer le soin régulier : comment gérer pendant les périodes de fermeture ? Qui prend le relais quand le professionnel référent est absent ? Qui gère un animal malade ? une clôture abîmée ?

Animal et établissement médico-social : passer par un prestataire

L’écopâturage devient un moyen d’introduire une présence animale dans un établissement en déléguant la responsabilité à une entreprise spécialisée. Les résidents et les professionnels bénéficient de la présence quotidienne de l’animal, l’institution est déchargée des contraintes techniques, administratives et juridiques : une coopération gagnante !

Habitat participatif à Guérande

En 2013, l’association guérandaise An Ti Nevez démarre un travail sur l’habitat en Presqu’île. Partant du constat que certaines familles peinent à se loger, du fait du prix des terrains et de la spéculation immobilière, l’association lance des conférences, des forums pour imaginer d’autres manières d’habiter. L’idée d’un habitat participatif émerge progressivement, idée confortée par la mairie qui réserve un terrain pour ce projet, sur le futur écoquartier de la Maison Neuve.

Partage d’espaces, de matériel … et de services !

Un des objectifs de ce projet d’habitat participatif est de mutualiser des espaces. Si chacune des 9 familles du projet possède son appartement privatif, le groupe dispose d’une salle commune qui permet de se retrouver pour des moments festifs, des ateliers, des réunions. Munie de sa propre cuisine et salle de bain, la salle commune peut recevoir des invités. Buanderie, celliers, atelier, garage à vélo, grenier, jardin sont également partagés. Outils et matériel de jardin sont mis en commun. Cette mutualisation permet des économies lors des achats, lors du renouvellement de matériel … et de limiter l’impact écologique de la production de biens de consommation individuels. L’habitat participatif permet également d’échanger de nombreux services : prêt d’un véhicule, nourrir les animaux lorsqu’on s’absente, aller chercher un enfant à l’école …

Énergétiquement exemplaire

Les bâtiments ont été construits de manière compacte. Cela permet d’économiser l’énergie (moins de surfaces de déperdition de chaleur) mais également de limiter la surface au sol et de préserver les terres agricoles. L’architecture est bioclimatique : larges baies vitrées au sud, petites ouvertures au nord. Conjuguée à une parfaite étanchéité à l’air, cela rend les bâtiments passifs.

Habitat participatif, Guérande (département 44) : bâtiment bois, large baies vitrées donnant sur des coursives, volets bleus et verts
« Les P’tits Ensembles », vue côté sud : les façades sont largement ouvertes par des baies vitrées pour maximiser les apports solaires

Le chauffage de chaque bâtiment, eau chaude comprise est assurée par une petite chaudière gaz. La facture de gaz s’élève à quelques dizaines d’euros par an pour chaque logement. 60 % de l’eau chaude sanitaire est produite par des panneaux solaires. Le restant des toits est dédié à une centrale photovoltaïque coopérative, qui injecte l’électricité produite dans le réseau. A l’année, les bâtiments produiront plus d’énergie qu’ils n’en consommeront.

Premier habitat participatif de la Loire-Atlantique (44) à recevoir une centrale solaire coopérative : vue d'une des toitures des P'tits Ensemble(s)
Vue d’une partie de la centrale photovoltaïque, sur l’un des bâtiments. Au premier plan, en haut du toit, les panneaux solaires thermiques pour la production d’eau chaude

Éco-construction

Un maximum de matériaux écologiques ont été employés pour la construction. L’ossature, les terrasses et et le bardage sont en pin douglas, naturellement imputrescible. Une laine de bois assure l’isolation des murs, de la ouate de cellulose celle des combles.

Murs en terre pris dans une ossature bois type "colombage", enduit ocre clair.
Mur en terre d’un cellier, enduit à la chaux

Les murs des celliers sont en terre banchée, assurant une inertie thermique favorable à la préservation des denrées alimentaires. Côté finitions, peinture écologique et huile 100 % naturelle pour les parquets ont été retenues. Des enduits décoratifs en terre ont été réalisés par les habitants, dans leurs appartements et dans la salle commune. La terre des murs banchés et des enduits a peu voyagé : elle provient du terrain !

Si la première partie de l’aventure collective s’achève avec la construction, elle démarre pour ce qui est de la vie en commun. Des centaines et des centaines d’heures de réunion ont été nécessaires au montage et au suivi de ce projet d’habitat participatif, avec des hauts et parfois des bas. Pour surmonter les difficultés, assurer une cohésion du groupe, laisser la place à chacun dans les débats, les membres du collectif se sont formés : sociocratie, communication non-violente … Le résultat est à la hauteur de l’investissement de chacun. Le prix, 2500 €/m², a été largement maîtrisé : un bâtiment « conventionnel » coûte sur Guérande entre 3500 € et 3900 €/m². Preuve qu’en combinant intelligence collective et ténacité, il est possible de construire des bâtiments écologiques, très performants énergétiquement et économiques.

Agriculture urbaine, l’exemple de Détroit

Fleuron de l’industrie automobile américaine au début du XXe siècle, Détroit décline à partir des années 50. La ville perd plus de la moitié de sa population entre 1960 et 2010. Détroit comptait 1,8 millions d’habitants en 1960 et moins de 700 000 en 2016. Chômage et pauvreté explosent durant ces décennies. Face à cette crise les habitants multiplient les expérimentations d’agriculture urbaine.

Quartiers vides, désert alimentaire

Vue google map d'une rue en ruine, maisons dans une friche, détritus. Ces quartiers désertés laissent de nombreux espaces libres propre à l'agriculture urbaine
« Street view » d’un quartier en ruine à Détroit. 80 000 maisons sont abandonnées. Un tiers de la ville est désertée, soit la surface de Paris.

Les friches représentent un tiers de la ville de Détroit. Dans certains secteurs abandonnés par les habitants, mais également par les commerces, il devient difficile de se procurer de la nourriture saine. Ce phénomène est lié à la disparition des épiceries et à l’apparition de fast food : la nourriture est peu chère mais de mauvaise qualité. Conséquence de ces desert food : obésité et diabète explosent dans les quartiers pauvres désertés. L’agriculture urbaine se présente alors comme une opportunité pour faire face à ces problèmes de santé et d’alimentation. Les habitants investissent les espaces abandonnés pour y implanter des jardins collectifs, des fermes urbaines communautaires … 1600 structures de ce type existent désormais à Détroit. Y sont associés des soupes populaires et des programmes sociaux d’alimentation, qui permettent à la population pauvre de se nourrir sainement, gratuitement ou à très bas prix.

Exemple d'agriculture urbaine à Détroit : potager sous forme de parterre carrés, sur une ancienne parcelle de maison détruite
Un jardin communautaire à l’emplacement d’une maison détruite

Une agriculture urbaine ancrée dans une longue histoire

Agriculture urbaine à Détroit au début du XXe siècle. Jardinier devant une cabane de jardin, entourée de parcelles de légumes
« Thrift Gardens » à Détroit en 1931 : jardins économiques lancés par la commission de lutte contre le chômage. La vente de légumes était interdite : ils étaient exclusivement destinés à l’autoconsommation

L’histoire de l’agriculture urbaine de Détroit remonte à la fin du XIXe siècle. Le maire, confronté à une dépression économique, lance les « Potato Patches » : les terrains en friche sont systématiquement mis en culture pour venir en aide aux plus pauvres. En 1931, toujours pour accompagner des difficultés économiques, des jardins sont mis à la disposition des habitants pour cultiver leurs légumes. On retrouve dans ces deux exemples les formes d’agriculture urbaine actuelles de Détroit. La première expérience consistait à utiliser des terres pour redistribuer la nourriture. La seconde expérience proposait aux habitants de produire eux-même. L’histoire agricole de Détroit trouve également son origine dans l’arrivée de nombreux afro-américains. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ils quittent en nombre les états du sud pour s’installer dans le nord des États-Unis. Ces populations émigrent pour fuir les persécutions et la ségrégation. D’origine rurale, elles apportent leur savoir-faire en terme de production alimentaire.

Un modèle qui a ses limites

L’agriculture urbaine, à elle seule, ne sauvera pas Détroit : la ville perd encore des habitants. Son renouveau économique passera nécessairement par l’installation de nouvelles entreprises. De même, les quantités de nourriture produites restent minimes, quelques centaines de tonnes par an, quand des villes des pays du Sud produisent plusieurs centaine de milliers de tonnes … L’intérêt de l’expérience réside peut-être ailleurs. Elle présente un retour massif de la production alimentaire dans une ville occidentale et c’est sans doute la clef de la notoriété de l’agriculture urbaine « made in Détroit ». La solidarité du modèle, l’apport aux plus pauvres d’une nourriture saine, son rôle de transformation sociale sont à souligner et peuvent nous inspirer. L’agriculture urbaine ne nourrira pas les villes, mais peut contribuer à modeler nos cités de manière plus durable et solidaire.

Traction animale, ici et ailleurs

Dans nos sociétés industrielles, le rôle de nos animaux domestiques tend à devenir essentiellement « social ». Nous partageons nos vies avec eux car ils nous apportent de la joie, du bien-être. Pour les personnes fragiles, en maison de retraite par exemple, chiens et chats aident les résidents à dépasser leur difficultés, à « sortir de soi » pour entrer en contact avec l’autre. Le chien s’attache également à d’autres missions : on pense aux chiens d’aveugle ou aux chiens d’avalanches. Ailleurs, les animaux occupent bien d’autres fonctions, à commencer par la traction animale …

La traction animale à travers le monde

Traction animale en Afrique centrale : deux zébus tractent une petite charrue dirigée par un homme. Un autre homme sème à la main.
Labour à l’aide de Zebu, au Tchad

Lorsque nous pensons agriculture, nous pensons tracteurs, moissonneuses … Pourtant, selon les chiffres de la FAO, la majorité des agriculteurs dans le monde travaillent à la main (800 millions). 300 millions d’agriculteurs utilisent la traction animale. Seuls 30 millions ont un ou plusieurs tracteurs ! La traction animale, loin d’être anecdotique mondialement, a été supplantée dans les pays occidentaux par la mécanisation après la seconde guerre mondiale.

Un exemple de traction animale moderne : agriculteur assis sur une faucheuse mécanique tirée par 3 chevaux noirs en ligne
Exemple de traction animale dans un pays industrialisé, ici aux États-Unis. L’outil employé ici est moderne, léger et performant

Ânes, mules et chevaux de trait en France

Traction animale en Loire-Atlantique (44) : débardage
Débardage en Loire-Atlantique (44)

En France, la traction animale est encore employée dans quelques secteurs. Les chevaux de trait servent au débardage, en préservant les zones fragiles comme les forêts littorales ou les tourbières. Diverses expériences de collectes des ordures ménagères avec des chevaux sont également menées en France. D’autres communes reviennent aux chevaux et autres mules pour l’arrosage des espaces verts ou le transport scolaire. En viticulture ou en maraîchage, on utilise également les animaux de trait.

Exemple de traction animale en France : un jeune agriculteur sarcle un champs avec deux ânes
Quentin Trotignon a suivi la formation à l’École Nationale des Ânes Maraîchers (ENAM). Ses ânes l’accompagnent au quotidien dans sa production de légumes et de plantes aromatiques et médicinales sur son exploitation en Touraine. Source : Les Cahiers de l’Âne

De nombreux avantages

La traction animale évite la production de gaz à effet de serre : c’est une énergie renouvelable ! Les utilisateurs mentionnent également l’absence de fumée, notamment dans les milieux confinés comme les serres agricoles. Les animaux peuvent ainsi jouer un rôle dans la transition énergétique et dans l’amélioration de la qualité de l’air. En agriculture, l’usage des équins assure un faible tassement du sol. Les animaux permettent de travailler les sols encore humides sans faire de dégâts ce qui offre une plus grande souplesse dans le calendrier des cultures. Les maraîchers évoquent la grande maniabilité sur de petites parcelles ou sous serres. Certaines formes d’agriculture, en terrasses par exemple, peuvent être relancées par la traction animale.

Utilisation d’un cheval dans un paysage de terrasses, en Ardèche. Le travail très superficiel de la terre, permis par la traction animale, préserve la vie microbienne du sol.

La traction animale contribue à l’indépendance énergétique : l’agriculteur ne dépend plus des cours du pétrole. Le fumier fertilise les sols, réduit ou remplace les intrants chimiques, assurant là aussi l’indépendance des agriculteurs. L’investissement, moins élevé que pour du matériel motorisé, limite le recours à l’emprunt. Enfin, et surtout, le travail avec un être vivant et sensible est unanimement reconnu par les utilisateurs comme un facteur d’épanouissement.

Pouvoir travailler sans se retourner est un avantage régulièrement mis en avant par les utilisateurs de la traction animale : fini les torticolis !

La traction animale présente de nombreux avantages que l’on retrouve en éco-pâturage : source de bien-être, absence de bruit, fertilisation et non-tassement des sols, indépendance énergétique, absence de gaz à effet de serre … Nul doute que l’animal jouera un rôle majeur dans la transition énergétique et environnementale qui s’amorce.

Éco-pâturage : chiffres clefs

Vue d'un enclos circulaire en pierres, montées à sec, avec couronnement en pierres posées verticalement. Rarement utilisé en éco-pâturage !
Enclos monté en « pierres sèches » : il s’agit d’un des plus vieux type d’enclos pour animaux

Des huttes en bois, des outils en pierre, la poterie n’a pas encore été inventée et déjà des enclos avec des moutons … Au Moyen-Orient, 10 000 ans avant notre ère, les hommes préhistoriques, sédentaires depuis peu, domestiquent pour la première fois des animaux et commencent par le mouton. L’éco-pâturage s’inscrit dans cette histoire pluri-millénaire où paysages et animaux sont intimement liés.

A gauche, un mouflon. A droite, un mouton "Scottish Blackface", race domestique courante au Royaume-Unis. Rustique et adapté aux terres pauvres, il peut être utilisé en éco-pâturage
Le mouflon : ancêtre du mouton ? Deux théories s’affrontent : soit le mouflon domestiqué, est devenu mouton … soit le mouflon est un mouton redevenu sauvage …

Définition

L’éco-pâturage consiste à proposer un service d’entretien d’espaces verts ou d’espaces naturels par des animaux, de manière à conserver ces espaces à l’état de prairies. Cette technique évite tontes, fauchages, broyages mécaniques et désherbants polluants. Les espaces entretenus sont majoritairement situés en milieu urbain ou périurbain.

Comme l'éco-pâturage, le désherbage mécanique fait partie des techniques alternatives d'entretien des espaces verts. Ici, une désherbeuse mécanique à brosse poussée par un agent "espaces verts".
Bénéfique pour la protection de l’environnement, les désherbages sans pesticides sont plus coûteux en temps. Ici, désherbage par brossage mécanique.
© Escomel

En ville, l’éco-pâturage s’inscrit dans les plans de gestion différenciée. Il épargne du temps de tonte et fauchage aux agents des collectivités, notamment mobilisés sur le désherbage mécanique des voiries depuis l’interdiction de l’usage des désherbants par les collectivités. L’éco-pâturage en milieu urbain joue un rôle social en réintroduisant la nature en ville et en modifiant le cadre de vie. Après l’installation de chèvres en pied d’immeubles, « on a remarqué qu’une cohésion s’est recréée autour du projet » témoigne Marion Raspail, chargée de mission chez le bailleur social « Haute-Savoie Habitat ». Le lieu est « devenu un lieu d’échange, de partage (…), les gens s’intéressent à leur lieu de vie, à leur environnement ». L’éco-pâturage a également une fonction d’éducation à l’environnement. À Montpellier, par exemple, les enfants des écoles et centres de loisirs sont sensibilisés à la biodiversité par le biais de visites de sites entretenus par des animaux. Dans des espaces naturels, le pâturage doit être adapté au milieu et se fait de manière extensive. À certaines périodes de l’année, les animaux peuvent être retirés pour préserver la faune et/ou la flore spécifiques de ces milieux.

Un secteur en fort développement

Dans les années 90, l’éco-pâturage était une pratique marginale. En 2000, la Caisse des Dépôts et Consignation recensait 20 villes inscrites dans des programmes d’éco-pâturage. Le même organisme comptait 150 projets en 2013 et 350 en 2014. En regroupant structures publiques et organismes privés, la barre des 1000 projets est désormais dépassée. Actuellement, sur l’ensemble du territoire national, une centaine de prestataires proposent un service d’éco-pâturage.

Les animaux

Un mouton de race solognote, utilisé en éco-pâturage (assez peu en Loire-Atlantique), robe gris-beige, ventre, pattes et tête bruns
Le mouton solognot, utilisé en éco-pâturage, possède un caractère vif et curieux, qui le rapproche de la chèvre

La star de l’éco-pâturage c’est le mouton ! Si les ovins sont les animaux les plus utilisés en éco-pâturage, les chèvres, les bovins mais aussi les chevaux et poneys peuvent être des ressources précieuses. L’activité se pratique avec de nombreuses races. Pour le mouton, le Ouessant est plébiscité mais le Lande de Bretagne ou le Solognot sont également utilisés. L’éco-pâturage permet ainsi la préservation des races anciennes et de la biodiversité domestique. Pour les caprins, la chèvre des fossés se retrouve dans de nombreux projets d’éco-pâturage.

Pour les bovins, de nombreuses races « historiques » sont employées selon les régions : vaches marines landaises, vaches bordelaise, bretonne Pie Noir … Pour l’entretien de landes ou de zones marécageuses, on recourt fréquemment à la race Highland Cattle, très rustique et adaptée à ces milieux difficiles.

Les prix

Une question revient souvent : combien ça coûte ? Sans faire une réponse de normand, les prix sont variables ! Ceux -ci dépendent des surfaces entretenues. En moyenne, les tarifs sur de petites surfaces (2000 m²) tournent autour de 1 €/m² à l’année. Les prix peuvent cependant descendre à moins de 10 centimes/m² pour de grandes surfaces (plus d’un hectare). Sur cette question, l’éco-pâturage n’a rien inventé : comme pour une tonte mécanique, les tarifs sont dégressifs en fonction des surfaces. Les prix peuvent être plus bas pour un débroussaillage temporaire.

Eco-pâturage en ville : transhumance de moutons dans une rue, devant des passants
Une forme d’éco-pâturage rare : l’itinérance en milieu urbain. Les animaux paissent de parcs en parcs sous la conduite d’un berger. Ici à Aubervilliers.
Photo AFP

Si l’éco-pâturage est réapparu il y a une vingtaine d’années pour l’entretien de zones naturelles, il permet désormais l’entretien de nombreux autres espaces. Il s’est rapproché des villes, en conquérant les espaces verts des entreprises notamment. On le trouve désormais en zone très urbaine (bassins d’orage, parcs, trouées vertes, en pied d’immeubles …). Entre la prise de conscience des enjeux écologiques, le rôle social de l’éco-pâturage et la satisfaction des clients relevée par des études, nul doute que son développement n’est pas achevé.