Location de moutons, tondeuses écologiques

L’écopâturage se développe, c’est tant mieux. Avec cette expansion, on voit apparaître des termes qui, chez Les Pâturages du Littoral, nous interrogent. « Location de moutons », « tondeuses écologiques »: ces termes induisent une certaine conception de l’écopâturage. Décryptage.

Prestation d’entretien d’espaces verts ou location de moutons ?

Certains confrères parlent de « location de moutons ». Le terme interroge : peut-on louer un « bien » dont le locataire ne saura pas nécessairement s’occuper ? Gérer des moutons demande une expertise, un savoir-faire et c’est tout l’intérêt de passer par un professionnel de l’écopâturage. Parler de location de moutons semble indiquer qu’il est possible de placer des animaux dans un espace et qu’ils vont se débrouiller. Or ce n’est pas le cas : il faut visiter régulièrement les sites, gérer le foin et la paille, apporter des soins si nécessaires, nettoyer les abreuvoirs… Bref, même si les moutons d’Ouessant sont rustiques, il n’est absolument pas concevable de les laisser sans soin ni surveillance ! Chez les Pâturages du Littoral, c’est clair, nous ne faisons pas de la location de moutons. Nous proposons un service d’entretien d’espaces verts grâce à nos animaux. Et nous nous engageons à les suivre tout au long de l’année pour assurer le bien-être animal !

Location de mouton. Homme assis et troupeau de moutons d'Ouessant, ombre et tâches de lumière à travers des arbres, prairie éclairée en arrière plan.
Juridiquement, les moutons d’Ouessant utilisés par Les Pâturages du Littoral restent la propriété de la société, qui réalisera tous les soins sur les moutons. Le client n’a pas à contracter d’assurance spécifique, ce qui serait le cas dans une location.

Un mouton n’est pas une tondeuse

Tondeuse écologique : un agneau d'Ouessant, couleur noir, regarde l'objectif de l'appareil photo
Considérés comme des « biens meubles », les animaux sont reconnus depuis 2015 comme « des êtres vivants doués de sensibilité« .

Tout comme « location de moutons », l’expression « tondeuse écologique » se retrouve fréquemment lorsqu’on parle d’écopâturage. Chez Les Pâturages du Littoral, on évite cette formule. Tout d’abord, le mouton n’est pas une machine qu’on utiliserait quand on en a besoin. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, il s’agit d’un être vivant et sensible, dont on doit s’occuper tout au long de l’année. En déroulant la comparaison, on s’aperçoit que le mouton est plutôt l’inverse de la tondeuse. Cette dernière va être remisée l’hiver et on en s’en préoccupera au printemps. Pour le mouton d’Ouessant, c’est l’inverse: on accentuera les soins l’hiver (apport de foin, de céréales, déplacement vers des prairies plus sèches …), à une période où « il sert moins » puisqu’il y a moins d’herbe à brouter.

Équipements pour moutons d'Ouessant  : abri en bois avec mezzanine pour le foin et la paille,  à l'intérieur de l'abri : râtelier en bois et pierre à sel sur un support en bois. Abreuvoir automatique individuel à niveau constant.
Exemple d’équipements installés par nos soins pour assurer le bien-être de nos moutons : abri avec réserve de paille et de foin, râtelier, pierre à sel, abreuvoir automatique
Moutons d'Ouessant et auge pour moutons (premier plan), personnes âgées et professionnels de santé observant les moutons derrière la barrière (second plan). Écopâturage, EHPAD Les Tilleuls ; Savenay ; Département 44 ; Loire-Atlantique
L’arrivée des moutons est toujours un petit évènement. Ici sur un EHPAD à Savenay (Loire-Atlantique, département 44)

Enfin, le terme « tondeuse écologique », élude d’autres aspects de l’écopâturage. Réduire l’animal à une machine laisse de côté le plaisir de voir évoluer des animaux au fil des saisons, d’observer la vie du troupeau, les naissances, l’évolution des agneaux … De même, installer des animaux dans un établissement de santé ou dans une entreprise par exemple, va considérablement changer l’ambiance dans la structure et créer du lien social, les animaux devenant sujet de discussion … ce qui est plus rarement le cas avec les tondeuses, à moins d’être féru de mécanique ! Réintroduire des animaux en milieux urbains contribue par ailleurs à l’éducation à l’environnement puisque de nombreuses thématiques peuvent être abordées grâce à leur présence (absence de bruit, pas de consommation de carburant, faune et flore plus variées etc.).

Bannir les expressions « location de moutons » ou « tondeuses écologiques » permet de clarifier la manière dont on travaille avec les animaux et évite de réduire ces derniers à des objets. Notre activité permet de se reconnecter avec la nature, invite à se poser pour observer. Pourquoi ne pas prendre le temps de la description plutôt que d’employer ces slogans réducteurs qui témoignent mal de notre métier ?

Filière laine : vers un renouveau français ?

Sur l’île d’Ouessant, les moutons auraient été sélectionnés pour leur couleur noire, afin de permettre aux femmes de marin de confectionner leur habit de deuil si leurs maris ne rentraient pas au port … Des légendes évoquant la laine se retrouvent dans quasiment toutes les régions françaises. La Belle au bois dormant s’endort en se piquant au fuseau d’un métier à tisser. Ces contes et légendes montrent l’importance de la laine dans notre société, avant l’arrivée des textiles synthétiques. Des passionnés tentent toutefois de faire revivre la filière laine française …

Petite histoire de la laine …

La filière laine au  XVIIe siècle : une paysanne tisse sur un rouet, enfants à ses côtés, palissade en bois, mur en pierres dans le fond, ustensiles de cuisines posés par terre
L’industrialisation de la laine commence au XIIIe siècle en Flandre, mais la production artisanale perdurera dans nos campagnes jusque dans les années 1950, comme sur ce tableau du XVIIe siècle

Des milliers d’années de sélection des moutons à poils longs ont permis d’obtenir l’animal que l’on connaît actuellement. Rappelons que le mouton est une « création humaine » puisqu’il n’existe pas en tant que tel dans la nature. Le mouflon sauvage, dont serait issu le mouton, possède en effet des poils courts, inutilisables pour faire des tissus. Le premier tissu en laine date de 10 000 ans et a été retrouvé en Judée. Longtemps, la laine a constitué le principal revenu des éleveurs, avant la viande ou le lait. Durant l’antiquité et le moyen-age, elle représentait la principale source de fibre textile, devant le lin, le chanvre ou encore la soie, réservée à une élite.

L’effondrement de la filière laine

Du XIXe siècle aux années 1970, Roubaix fait partie des trois capitales mondiales de la production lainière, avec Bradford en Angleterre et Verviers en Belgique.

La filière laine au  XIXe siècle : carte postale en noir et blanc de la filature Harmel Frère, énorme hangar, machines anciennes à perte de vue, courroies, femmes et bobines de laine au premier plan
Au plus fort de l’activité, en 1896, 185 000 personnes travaillaient dans des filatures de laine en France

La progressive disparition de cette industrie lainière tient à la concurrence, à partir des années 50, des textiles synthétiques. Moins chers, plus légers, ces tissus répondent aux attentes des consommateurs. La filière souffrira également d’investissements insuffisants pour moderniser les usines. La concentration de la fabrication dans des usines géantes, impossibles à rénover et moderniser, est également avancée comme cause du déclin. En 2013, 11 900 personnes travaillent dans le textile dans le nord, contre 171 000 en 1954. La fin de la filière impacte les bergers : de l’élevage des moutons pour la laine, on bascule après les années 50, à une production principalement destinée à la viande et pour une part moins importante, pour le lait. Aujourd’hui, tondre un mouton coûte plus cher que ce que rapporte la laine … lorsqu’elle n’est pas jetée !

Une nouvelle filière laine ?

Pionnière, la coopérative Ardelaine est lancée en 1982. Dans une région désertifiée, l’Ardèche, cette structure a relancé la filière laine dans son ensemble. La structure gère ainsi le cardage, la filature et la confection. Un nouveau débouché s’offre alors aux éleveurs de moutons locaux : avant Ardelaine, la laine était jetée !

Photographie de la filature ardéchoise avant rénovation : vues intérieures, machines en mauvais état, trous dans la toiture, pièces désaffectées
Abandonnée depuis les années 50, la dernière filature ardéchoise a été rachetée par les fondateurs d’Ardelaine en 1975 … 10 ans de travaux ont été nécessaires pour rénover les bâtiments et relancer la transformation de la laine
Brebis de race Raïole : robe blanche, cornes larges et enroulées, tête allongée, se reposant dans la paille
Brebis de race Raïole : la race est adaptée aux conditions difficiles des terres pauvres. Elle peut se nourrir de glands et de châtaignes

Plus récemment, en 2015, les éleveurs de brebis de race Raïole s’organisent pour relancer une filière laine dans les Cévennes. Raïolaine est ainsi créée et permet de valoriser la laine en utilisant les savoirs-faire locaux. Les toisons sont d’abord envoyées en Haute-Loire, dans la dernière entreprise de lavage de laine française. Cette entreprise, Laurent Laine, transforme également une partie de la laine en nappes, couettes ou oreillers. L’entreprise est également associée à une structure d’insertion, l’Atelier de la Bruyère, qui transforme la laine en feutre.

Bien d’autres exemples montrent un renouveau de la laine en France. Dans les Alpes-Maritimes, les éleveurs se sont regroupés pour transformer leur laine en tapis. En région Paca et Rhône-Alpes, l’association Mérilainos transforme les toisons en pelotes de laine distribuée en vente directe par les producteurs. En Ariège, Laines Paysannes, transforment la matière issue d’une quinzaine d’élevages ariégeois pour en faire écharpes, bonnets, sweats, pulls, tapis … Plus localement, la coopérative agricole « Les Toisons Bretonnes » basée à la Chapelle-sur-Erdre près de Nantes, valorise la laine de moutons originaires de Bretagne (races « Landes de Bretagne » et « Belle-Île »). La laine, issue d’une quinzaine d’élevages locaux, est envoyée au lavage en Haute-Loire puis transformée dans la Creuse. La coopérative en assure ensuite la commercialisation.

Le nombre d’emplois créés par ces filières en renaissance ne peut bien sûr soutenir la comparaison avec ce que fut autrefois la filière laine en France et ses centaines de milliers d’emplois. Toutefois, entre préoccupations environnementales et réflexions sociales, ces filières courtes, socialement responsables, trouvent petit à petit un public en attente de produits locaux, écologiques et renouvelables.

Des moutons extraordinaires !

Au même titre que le cochon ou la vache, le mouton fait partie des animaux communs et emblématiques … Des 400 races existantes, l’on connaît surtout le mouton blanc. Pourtant, dans cette formidable diversité, se cachent des moutons extraordinaires et mal connus … mais attention aux faux-amis !

Figurines des animaux de la ferme en plastique : un cochon rose, un mouton blanc à cornes enroulées, une vache noire et blanche
La richesse du vocabulaire liée au mouton (agnelage, bergerie …) prouve sa longue histoire avec l’Homme. Un classique des animaux de la ferme !

Moutons marins !

Sur l’île de North Ronaldsay, en Écosse, des moutons se nourrissent exclusivement d’algues. L’histoire remonte à l’industrie du Varech. Cette algue était utilisée pour fabriquer de la soude, elle-même employée pour le savon ou le verre. L’économie du varech s’effondre dans les années 1830 : l’extraction de la soude se fait en Espagne, pour moins cher, à partir de plantes terrestres. Les milliers d’écossais qui vivaient de cette industrie se retrouvent en situation d’extrême pauvreté. Ils cantonnent alors les moutons sur les plages pour réserver les terres à d’autres usages.

De gauche à droite : vue d'une plage de l'île de North Ronaldsay avec le mur séparant la plage des terres ; vue rapprochée du mur montée en pierres sèches ; des moutons sur un rocher submergé par une vague
Dans les années 1830, les habitants de l’île de North Ronaldsay construisent un mur tout autour de l’île, obligeant les moutons à se nourrir d’algues. Ces moutons, de petite taille, ressemblent beaucoup aux moutons d’Ouessant

Le système digestif des moutons va alors s’adapter à ce régime forcé. Ce sont les seuls de leur espèce à être capables de se nourrir d’algues.

Des moutons extraordinaires … et chers !

Des moutons extraordinaires : agneaux de race Nez noir du Vallais, tête noire (on ne voit pas leurs yeux), poils longs et blancs, façon tresses sur le haut de la tête, pattes noirs avec collier blanc avant les onglons.
Forcement, avec une bouille comme celle-là, pas étonnant que ce mouton fasse un carton !

Surprenant par sa physionomie, le mouton Nez noir du Vallais connaît un fort engouement …

Ce mouton, originaire de suisse est de bonne constitution : les mâles font jusqu’à 125 kg ! Leur laine est abondante et ils doivent être tondus deux fois par an. Sachez que pour en acquérir un, il vous en coûtera au alentour de 3000 € ! Sachant qu’on ne laisse jamais un mouton seul puisqu’il s’ennuie, cela fait cher le couple !

Un mouton Nez noir du Vallais et un mouton d'Ouessant en train de courir : le premier fait deux fois la taille du second !
En plus d’un portefeuille garni, il faudra un peu de place : c’est plus gros qu’un mouton d’Ouessant !

Des cornus !

Deux races sont particulièrement surprenantes de part leurs cornes : la première du fait de leur longueur. Chez les moutons de race racka, les mâles comme les femelles possèdent de magnifiques cornes torsadées. Elles peuvent atteindre jusqu’à un mètre de long. Un temps menacé de disparition, il est considéré comme un trésor national en Hongrie, son pays d’origine.

Un mouton racka : cornes partant chacune à 45° de chaque côté du haut du crâne, corne droite et spiralée (comme celle d'une licorne), longue toison blanche pendant jusqu'au sol
Autre caractéristique du Racka, outre ses cornes impressionnantes : sa laine, qui pousse jusqu’au sol

Le loaghtan fait partie des races moutons extraordinaires possédant deux paires de cornes. Originaire de l’île de Man, il a failli disparaître : dans les années 50, il n’en restait que 43 spécimens ! Il est désormais sauvé, prisé notamment des collectionneurs pour sa spécificité.

Mouton loaghtan : une paire de cornes sur le sommet du crâne, légèrement courbes, partant vers le haut, une autre paire de cornes enroulées vers le bas. Toison brune et duveteuse
Autrefois, on trouvait des loaghtan blanc, gris, noir … il n’existe plus qu’en brun, du fait d’une sélection pour la laine

Attention au faux-semblants !

Cochon laineux appelé aussi cochon Mangalitza, vu de profil, pattes sombres, toison laineuse bouclée blanche. Cochon utilisé en écopâturage !
En Suisse, le cochon laineux est fréquemment adopté comme animal de compagnie … ça vous tente ?

De loin, on pourrait croire à un mouton … le cochon Mangalitza possède en effet une belle toison laineuse mais c’est bien un spécimen de race porcine ! Sa laine l’aide à supporter de très basses températures. Originaire des pays de l’est, il est utilisé pour sa viande mais également pour l’écopâturage en entretien d’espaces verts !

De droite à gauche : un alpaga (toison laineuse très dense, blanche), un yack (poils soyeux, noirs et tombants) , groupe de chameaux, duveteux, bruns
Pour conclure (et pour accompagner le cochon laineux !), quelques animaux dont la laine a depuis longtemps été utilisée par l’homme : l’alpaga, le yack ou le chameau ont été employés pour confectionner toutes sortes de textiles

Espaces verts et écopâturage : bilan écologique

L’entretien mécanisé des espaces verts présente un impact environnemental supérieur à l’écopâturage. On pense bien évidemment à la pollution émise par l’utilisation des machines, mais l’entretien motorisé engendre d’autres nuisances écologiques, moins visibles. De la fabrication des machines aux impacts sur la biodiversité lors de la tonte, du transport des déchets verts aux nuisances sonores, la gestion des espaces verts … n’est pas toujours verte ! Petit tour d’horizon comparatif des deux méthodes.

Tondeuse thermique : un bilan environnemental non négligeable

En moins de 50 ans, la gestion des espaces verts s’est extrêmement mécanisée. On passe du râteau au souffleur, de la faux au débroussailleur, du sécateur au taille-haie thermique ou électrique … Sans remettre en question ces outils et leur bénéfice en terme de qualité de travail, de pénibilité, ceux-ci ont un impact environnemental non négligeable.

Tondeuse vs location de mouton ; espaces verts et écopâturage : photo de tondeuse rouillée et abîmée, couleur jaune
Même hors d’usage, une tondeuse consommera encore de l’énergie : il faudra la recycler

Le matériel thermique consomme du carburant, engendrant des gaz à effet de serre. Une étude américaine montre que les tondeuses et débroussailleuses ont émis 20 millions de tonnes de CO2 en 2011. Plus généralement, la construction et le recyclage de l’ensemble de ces machines représente de l’énergie grise.

Le matériel thermique impacte également la qualité de l’air : une tondeuse 2 temps émet autant de polluants dans l’atmosphère que 40 voitures ! Heureusement, ce type de moteur tend à être remplacé par des moteurs 4 temps, moins polluants. Mais selon une étude canadienne, 3 à 5 % de la pollution de l’air de ce pays serait dû au matériel de jardinage !

Et l’électrique ?

Photo d'une batterie électrique lithium-ion, composée de différentes cellules et câbles pour les relier en série
Les batteries lithium-ion ne sont pas encore recyclées. Les industriels y travaillent pour absorber les quantités importantes de batteries en fin de vie, provenant notamment des voitures électriques

Le matériel électrique possède des qualités indéniables : léger, ergonomique (batteries à dos pour débroussailleuse par exemple), pas de pollution directe, faible impact en terme de gaz à effet de serre lors de l’utilisation, faible bruit par rapport à des outils thermiques. Le bilan est moins bon côté batteries : les mines de lithium impactent fortement l’environnement. Au niveau social, les conditions de travail des mineurs sont également dénoncées.

Une bonne manière de limiter l’impact des machines de tonte … est de moins tondre ! Dans les entreprises, dans les communes, autour des magasins, trop de pelouses sont tondues trop souvent ! Une gestion écologique des espaces verts peut ainsi passer par la mise en place de prairie fleurie ou de zones simplement fauchées une fois l’an, plus riches en biodiversité que les pelouses rases.

Écopâturage : une solution plus écologique pour les espaces verts

Écopâturage et espaces verts, location de moutons : photo couleur sépia, berger avec son chien, moutons en premier plan, bord de Loire
L’écopâturage, une pratique ancienne : un berger fait paître ses moutons en bord de Loire. Carte postale de la fin du XIXe siècle. Bords de routes, fossés, bords de rivières … les animaux ont depuis longtemps contribué à la gestion de la végétation

Lorsqu’on pense aux avantages écologiques de l’écopâturage, l’absence de consommation de carburant vient naturellement à l’esprit. Moins visible, la « fabrication » des moutons ne nécessite pas d’énergie grise et il n’est pas nécessaire de le recycler ! De même, l’écopâturage n’impacte pas la qualité de l’air. En remplacement de gros engins, cette méthode évite le tassement du sol, surtout quand elle utilise des petits animaux, légers, comme le mouton d’Ouessant.

Un particulier vide des déchets d'espaces verts (ici de la pelouse) dans une benne dans une déchetterie
Un geste anodin, qui engendre des gaz à effets de serre : un particulier dépose de la tonte de pelouse en déchetterie

Autre avantage, l’écopâturage ne génère pas de déchets verts. 10 millions de tonnes, issus des espaces verts, sont produites chaque année en France. Les résidus de tonte en font partie, parfois emmenés en déchetterie, générant de nouvelles dépenses de carburant.

L’écopâturage n’est cependant pas neutre en gaz à effet de serre. Les tournées régulières de visites aux animaux engendrent des dépenses de carburant et l’activité digestive des animaux dégage du méthane, gaz contribuant au réchauffement climatique. Toutefois, l’empreinte carbone de l’entretien par machines pèse lourd : transport jusqu’aux sites à entretenir, avec du matériel lourds (camions, remorques), consommation des machines de tonte, énergie grise liée à leur fabrication et leur recyclage, transport des résidus de tonte vers les déchetteries, gestion de ces déchets … De même, des recherches montrent qu’une prairie pâturée stocke plus de carbone qu’une prairie fauchée et que ce stockage de CO2 compense les émissions de méthane des animaux. Autre avantage de l’écopâturage : l’absence totale de bruit ! Enfin, l’écopâturage favorise une faune et une flore plus variées. La tonte ou le fauchage engendrent en effet une importante mortalité d’insectes, en écopâturage, la gestion des prairies se fait de manière douce. Des études montrent également une plus grande hétérogénéité de plantes dans les prairies pâturées que dans les espaces régulièrement tondus.

Au delà des espaces verts : la diversification de l’écopâturage

Vache Highland (poils longs, bruns-crème, museau et contours des yeux noirs) dans une prairie. En arrière-plan : une pêcherie et la Loire. Corsept, département 44
Exemple d’un terrain difficile à entretenir, géré en écopâturage : une digue de la Loire, entre Saint-Brevin et Corsept (Loire-Atlantique, département 44)

Tous les espaces verts ne se prêtent pas à l’écopâturage : terrains de sports, aires de pique-nique etc. ne peuvent pas nécessairement accueillir des animaux ! Cependant, bien des terrains tondus ou fauchés peuvent être entretenus en écopâturage. Mieux encore, des terrains difficiles d’entretien (pentes, zones humides, zone fragiles …) sont plus adaptés à un entretien par pâturage que par machines. Cette solution évite les risques d’accident lors de la tonte en zone pentue, les troubles musculo-squelettique liés à l’emploi de débroussailleuse dans des secteurs difficiles. L’écopâturage permet de mieux gérer les zones fragiles, comme les milieux humides ou les pelouses calcaires, à condition d’être pratiqué de manière extensive.

Écopâturage et espaces verts : photo d'une prairie calcaire, prairie en premier plan avec ombellifères et bouleaux en arrière plan. À droite, photographie d'une orchidée bourdon en gros plan
Le pâturage extensif contribue à la gestion de milieux fragiles, comme les pelouses calcaires : non entretenus, ces milieux vont s’appauvrir en terme de biodiversité et des plantes, telle l’orchidée bourdon, typique de ces milieux, risque de disparaître …

L’écopâturage est également utilisé en agriculture. Entre deux cultures, les agriculteurs sèment des couverts végétaux, appelés aussi cultures intermédiaires. Ces cultures évitent l’érosion du sol et, broyées, elles apportent de la matière organique et « nourrissent » le sol. Pour éviter de les broyer mécaniquement ou de les traiter au désherbant pour les détruire, des agriculteurs les font brouter par des moutons. Plus surprenant, des essais sont aussi menés dans le blé. Les moutons sont placés pour une courte période dans les cultures et vont brouter la feuille. La céréale va alors taller, c’est à dire multiplier les repousses … et donc les épis !

Location de moutons d'Ouessant : un mâle à grandes cornes au centre de la photo, dans des rangées de vignes en pente. Autre photo de mouton Hampshire (beige, nez noir) sous des jeunes pommiers plantés en ligne
A gauche, mouton d’Ouessant dans des vignes, ici en Champagne (des essais ont aussi été menés dans le vignoble du Muscadet, en Loire-Atlantique). À droite, moutons du Verger du pays de Josselin dans le Morbihan

Vu les avantages écologiques de ce mode de gestion, en terme de consommation d’énergie, de silence, de biodiversité, de qualité de l’air, il est sûr que le retour des animaux pour l’entretien d’espaces verts et d’espaces naturels n’en est qu’à ses débuts. Dans l’agriculture, on redécouvre les nombreux avantages de l’association entre cultures et élevage. Socialement, l’écopâturage améliore le cadre de vie : la présence d’animaux modifie positivement l’ambiance, notamment en milieu urbain. Enfin, l’écopâturage contribue de manière ludique à l’éducation à l’environnement : l’ensemble des thèmes présentés dans cet article peuvent faire l’objet d’animations, de discussions pour aborder les questions environnementales !

Écologie au cimetière

Depuis le 1er janvier 2017, les communes n’ont plus le droit d’utiliser des produits chimiques. Les cimetières échappent à cette réglementation en bénéficiant d’une dérogation. Pourtant ces espaces peuvent devenir de véritables réservoirs à biodiversité, à condition de changer notre regard sur ces lieux de repos et nos pratiques funéraires. La France compte 40 000 cimetières représentant 20 000 hectares (deux fois la surface de Paris). Vue la superficie concernée, l’écologie au cimetière est donc loin d’être anecdotique …

Cimetières minéraux, cimetières paysagers

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Enluminure présentant un cimetière « paysager » au Moyen-âge. Missel à l’usage du Mans, XVe siècle

Les cimetières français n’ont pas toujours été des espaces désherbés et gravillonnés. Les recherches historiques montrent que depuis le Moyen-âges et jusqu’au XVIIIe siècle, plantes et arbres sont largement présents au cimetière. « L’if, et le buis lugubre, et le lierre stérile, et la ronce à l’entour, croissent de toutes parts » écrit le poète Fontanes en 1795. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le cimetière minéral et ses alignements de tombes de marbre va s’imposer.

Ailleurs dans le monde, les cimetières peuvent être très végétalisés. La présence, ou non, de plantes ne dépend pas des religions ou des rites funéraires : on trouve aussi bien des cimetières chrétiens paysagers (au États-Unis ou au Canada par exemple) que des cimetières chrétiens plus minéraux, comme en Europe de l’Ouest.

Écologie au cimetière à travers le monde : cimetière parc au Canada (tombes sous des arbres), cimetières envahies de fleurs et de plantes en Roumanie et à la Réunion
Arbres et plantes dans des cimetières à travers le monde : de gauche à droite, au Canada, à la Réunion, en Roumanie

La végétalisation des cimetières

Si la loi autorise encore les produits chimiques dans les cimetières, le basculement des communes vers le zéro pesticide a indéniablement changé la manière de traiter les cimetières. Allées laissées en herbe, végétalisation entre les tombes, plantations d’arbres, le cimetière minéral a vécu.

Écologie au cimetière en France : vues d'un même cimetière sans aucune herbe, sable au sol, puis le même cimetière avec arbres et prairie fleurie plantés dans l'allée
Cimetière de Durtal (Maine-et-Loire) ou comment passer d’un espace stérile à une lieu riche de biodiversité

Végétaliser ces espaces augmente significativement le nombre d’espèces animales présentes. En 2017, au cimetière de Loyasse à Lyon, la LPO a recensé 4 espèces de mammifères, 3 de reptiles et 31 d’oiseaux.

Hérisson se promenant entre les tombes d'un cimetière
Un hérisson entre des tombes : très efficace contre les limaces qui abîment les pierres tombales

Depuis, un plan d’action biodiversité a été mis en place : petites mares, nichoirs, fauche tardive ont fait exploser le nombre d’espèces présentes. Libellules, lérots, écureuils roux, fouines, mulots sylvestres, chauves-souris et de nombreuses espèces d’oiseaux ont recolonisé le cimetière !

Écologie … et économie au cimetière

A Niort, dans les Deux-Sèvre, la ville a décidé de placer l’écologie au cœur de son projet de cimetière. Ici, pas de tombe de granit importé de Chine, pas de caveau mais une inhumation en pleine-terre. La charte précise que les linceuls et les habits du défunt doivent être en matière naturelle. Le cercueil est soit en bois non traité, soit en matière recyclée, les vernis garantis sans solvant afin d’éviter toute contamination des sols.

Vue aérienne du cimetière écologique : tombes simplement entourées de planches de bois, plantées de végétaux, pelouse et arbres
Obsèques et concessions « en pleine terre » coûtent entre 1500 € et 2500 € contre 5000 € ou plus dans un cimetière classique

L’absence de granit, de pierre tombale, souvent en provenance de Chine, améliore également le bilan environnemental : autant de transport et de matière à recycler d’économisés.

Renardeau regardant l'objectif, tombe floue au premier et en arrière plan, lumière rasante
Renardeau entre des tombes dans un cimetière parisien

En passant de lieux minéraux et froids à des espaces riches en végétation, les cimetières ont leur rôle à jouer dans la préservation de l’environnement. La méthode d’inhumation, le choix du cercueil, l’absence de caveau, de pierre tombale réduisent également le bilan environnemental. Reposer dans un endroit vivant, accueillant pour les insectes, les oiseaux, les petits mammifères, n’est-ce pas une manière de prolonger la vie après sa mort ?

Chevaux de race Pottocks, en écopâturage dans un cimetière à Agen : une autre manière écologique de gérer les lieux de mémoire !

Bien-être animal et écopâturage

L’écôpaturage a le vent en poupe, de nombreux projets émergent et de multiples sociétés se créent. Travailler avec des êtres vivants implique cependant une responsabilité pour assurer le bien-être animal. L’activité ne peut s’improviser et ne tolère pas d’approximation : non, les moutons ne sont pas de simples tondeuses ! Ils nécessitent soin et attention … Chez les Pâturages du Littoral on prend cela très au sérieux et on le prouve en image !

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Suivre le troupeau, une preuve d’intelligence ?

Le mouton est souvent considéré comme peu intelligent. Les expressions qui l’évoquent sont rarement flatteuses : se comporter comme un mouton, c’est être celui qui suit bêtement le troupeau, les comportements des autres, qui n’a pas de personnalité. Le « mouton noir » n’est pas particulièrement gratifiant … sans parler de la « brebis galeuse », qui contamine ses voisins. Le caractère placide du mouton est même connoté péjorativement au travers de l’expression « Doux comme un agneau », sous-entendu : il va se faire tondre !

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Médico-social et animaux : un bénéfice à gérer

Présence ponctuelle d’un animal en institution

Jeune handicapée en situation de handicap mental faisant du cheval sans les mains, la longe du cheval est tenue par une encadrante
L’équitation permet de travailler sans contrainte l’équilibre, la posture, le tonus du corps

Les établissements accueillant des personnes handicapées organisent pour la plupart des activités en lien avec les animaux : visite en ferme pédagogique, promenade des chiens en refuge, équitation, etc.

Les professionnels du secteur sanitaire et médico-social s’accordent sur le bienfait de la relation à l’animal pour les bénéficiaires des structures, que ce soit au niveau éducatif, socialisant ou thérapeutique.

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Traction animale, ici et ailleurs

Dans nos sociétés industrielles, le rôle de nos animaux domestiques tend à devenir essentiellement « social ». Nous partageons nos vies avec eux car ils nous apportent de la joie, du bien-être. Pour les personnes fragiles, en maison de retraite par exemple, chiens et chats aident les résidents à dépasser leur difficultés, à « sortir de soi » pour entrer en contact avec l’autre. Le chien s’attache également à d’autres missions : on pense aux chiens d’aveugle ou aux chiens d’avalanches. Ailleurs, les animaux occupent bien d’autres fonctions, à commencer par la traction animale …

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Éco-pâturage : chiffres clefs

Vue d'un enclos circulaire en pierres, montées à sec, avec couronnement en pierres posées verticalement. Rarement utilisé en éco-pâturage !
Enclos monté en « pierres sèches » : il s’agit d’un des plus vieux type d’enclos pour animaux

Des huttes en bois, des outils en pierre, la poterie n’a pas encore été inventée et déjà des enclos avec des moutons … Au Moyen-Orient, 10 000 ans avant notre ère, les hommes préhistoriques, sédentaires depuis peu, domestiquent pour la première fois des animaux et commencent par le mouton. L’éco-pâturage s’inscrit dans cette histoire pluri-millénaire où paysages et animaux sont intimement liés.

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