L’île d’Ouessant face au changement climatique

L’île d’Ouessant, remarquable par sa faune spécifique, tel le mouton ou l’abeille éponymes, va être impactée, comme d’autres zones côtières, par le changement climatique et notamment la montée du niveau de la mer. Pour contribuer à la lutte contre ce changement climatique, l’île d’Ouessant vise à moyen terme le 100 % énergies renouvelables.

L’île d’Ouessant face au changement climatique

La montée des eaux d’ici 2100 devrait s’établir entre 1,5 et 3 mètres. Même à l’échelle basse, l’île de Sein disparaît de la carte : son altitude moyenne est de 1,5 mètre. Avec une altitude moyenne de 31 mètres, l’île d’Ouessant s’en sort mieux et ne sera pas submergée.

Carte des îles bretonnes. Du haut en bas :  archipel de Molème, île d'Ouessant (face à la pointe St-Mathieu) ; île de Sein (face à la pointe du Raz) ; archipel des Glénan (au sud de la baie de Concarneau)
Des îles occidentales de la Bretagne, ne subsisteraient en 2050 que Ouessant et une petite partie de l’archipel de Molène.

Côté climat, l’île, comme le reste du pays, va connaître un accroissement de température de 2 à 4 degrés d’ici la fin du siècle. Cependant, la fraîcheur de l’océan continuera à jouer son rôle : l’été sera toujours plus frais en Bretagne qu’ailleurs dans les terres ou en bord de méditerranée. En ce qui concerne les tempêtes, à l’échelle planétaire et du fait du réchauffement climatique, les scientifiques prévoient une augmentation des « phénomènes climatiques extrêmes ». Toutefois, ils ne sont pas unanimes pour dire que, sur l’hémisphère nord, et sur la Bretagne en particulier, les tempêtes seront plus fréquentes et plus violentes. Mais, à force égale, les tempêtes auront des conséquences plus graves avec un niveau de la mer plus haut.

Deux photographies illustrant le changement climatique et la montée des eaux sur les îles bretonnes : à gauche, photo aérienne de l'île d'Ouessant, avec ses falaises, à droite, photo du port de l'île de Sein, à fleur d'eau, submergé par les vagues
Les falaises de l’île d’Ouessant (à gauche) la protègent des fortes houles. À droite : le port de l’île de Sein, submergé lors d’une tempête en 2014.

Un plan d’économie d’énergie …

L’île d’Ouessant est depuis toujours indépendante électriquement puisque non-raccordée au continent. Cette autonomie reposait toutefois sur une centrale à fioul, peu vertueuse en terme de gaz à effet de serre. L’approvisionnement en carburant et la maintenance de cette centrale engendrait par ailleurs un coût de fonctionnement élevé du fait de l’isolement de l’île. Face à ce constat, les élus des îles non raccordées au réseau (Ouessant, Molène, Sein, Saint-Nicolas-des-Glénan et Chausey) lancent en 2015 un ambitieux programme de maîtrise de l’énergie et de développement des énergies renouvelables. Partant de l’idée que la meilleure énergie c’est celle qu’on ne consomme pas, le plan débute par des mesures d’économie d’énergie : amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments privés et publics, ampoules LED, changement des appareils électroménagers énergivores. Cette première étape a contribué à une baisse de 26 % des rejets de CO2.

… pour un objectif de 100 % énergies renouvelables

L’île a ensuite massivement investi dans les énergies renouvelables : salle polyvalente, atelier technique et salle omnisports reçoivent sur leurs toits des panneaux photovoltaïques. En mer, se déploie l’hydrolienne « Sabella », un première mondiale. À terme, des éoliennes compléteront l’approvisionnement en ENR pour un objectif de 70 % d’énergies renouvelables en 2021-2022 et 100 % à l’horizon 2030 !

Une source d'énergie renouvelable originale permettant la lutte contre le changement climatique sur l'île d'Ouessant : l'hydrolienne Sabella. Image de droite : l'hydrolienne mise à l'eau par un bateau avec une grue.
L’hydrolienne Sabella, sur le port de Brest et lors de son installation dans le courant du Fromveur.

Le modèle énergétique développé sur l’île d’Ouessant constitue un exemple à suivre, riche d’enseignements. Si l’impulsion vient d’une forte volonté politique locale (via un collectif des élus des îles non raccordées au réseau électrique), le programme a été soutenu techniquement via l’ADEME et financièrement par l’État. La démarche s’inspire du scénario « negawatt », qui démontre que le basculement vers une France 100 % énergie renouvelable est possible à condition d’engager un programme volontaire d’économie d’énergie. Sur Ouessant, ces économies ont été réalisées grâce à l’implication de la population locale. Le projet ouessantin souligne la pertinence de sources d’énergies renouvelables diversifiées, adaptées aux conditions locales (ici la présence d’un fort courant marin). Le programme de transition énergétique de l’île d’Ouessant illustre ainsi l’intérêt des sources de production à petite échelle, décentralisées, adaptées aux conditions locales. Il montre qu’entre volonté politique et engagement des habitants, l’objectif d’un approvisionnement totalement issu des énergies renouvelables n’est pas inatteignable, à condition d’engager des mesures de maîtrise de notre consommation. À quand un vaste programme de ce type sur le continent ?

Le bois : filières inexploitées et projets insolites

Le bois constitue une ressource d’avenir, que ce soit pour la transition énergétique ou pour la construction. Utilisé pour le chauffage, il est neutre en carbone puisque le CO² émis est celui capté par l’arbre durant sa croissance. Mieux encore, utilisé en construction, il stocke du carbone. De nombreuses sources restent à valoriser. De l’utilisation des haies de bords de routes ou des villes à « l’arbre à fourrage » pour les ruminants, en passant par la réutilisation du bois de déconstruction, tour d’horizon de ces ressources méconnues !

Des ressources à valoriser

Vue de plaquettes de bois en gros plan
Plus efficace que le compost, le BRF doit être épandu sur au moins 3 cm d’épaisseur

La forêt n’est pas le seul endroit où l’on trouve du bois … La taille des haies de bords de routes représente en effet une ressource encore trop peu valorisée. Le petit bois de talus, des haies peut être utilisé en BRF. L’interdiction des feux de déchets verts et des pesticides dans les communes ont intensifié l’usage de ce « paillage » au pied des plantations.

Un tracteur avec remorque et un tracteur avec broyeur : ce dernier évacue du broyat de bois dans la remorque
Convoi de fabrication de plaquette bois en bord de route

Les lisières de forêt, les plantations de bords de route, bref, tous les arbres de plus grande section peuvent être quant à eux valorisés en énergie. Par jour et par kilomètre, l’élagage produit 20 tonnes de plaquettes, soit la quantité moyenne nécessaire pour chauffer 4 foyers à l’année.

Construire avec le bois des villes …

Le bois des villes, issu de la taille des arbres ou des haies, est désormais bien valorisé : broyé sur place ou emporté en déchetterie où il est transformé en compost. La ville de Lorient innove depuis plusieurs années en utilisant les arbres de qualité, issus de chantier d’abattage, en bois d’œuvre. Les agents communaux ont été formés aux techniques de construction. Autonomes sur des petits chantiers (abribus, mobilier urbain), ils sont accompagnés par des charpentiers sur des chantiers plus importants.

Deux photos d'une ossature bois traditionnelle (type "colombage) avant remplissage entre les poutres
La crèche  » Salopette et pâte à sel » a été réalisée avec du bois de ville issu de chantier d’abattage : une formidable initiative pour favoriser l’usage de bois en circuit court

Dans le même esprit, un abribus a été réalisé à Vignoc en Ille-et-Vilaine. Le bois, issu d’une haie communale, a été façonné sur place, dans le cadre d’atelier pédagogique.

À gauche : charpentier en train de monter l'ossature d'un abribus sous le regard d'enfants. À droite : l'abribus terminé
À gauche : la construction, sous le regard attentif d’enfants des écoles. Le bâtiment reprend la forme de l’ancienne gare de tramway du XIXe siècle

Valoriser le bois d’œuvre est une pratique économiquement intéressante pour les communes : le tarif du bois de construction s’élève à 1500 €/m³ tandis que les plaquettes se négocient à 150 €/m³.

Des arbres pour les vaches …

Les arbres ont longtemps été utilisés comme fourrage pour les bêtes. Les branches étaient coupées et données, lors des périodes de sécheresse par exemple.

De gauche à droite : arbre têtard taillé, arbre tétard avec branche, prairie fleurie avec deux rangées d'arbres
Les trognes « traditionnelles » (à gauche, après la taille et au centre) servaient à de nombreux usages : chauffage, bois d’œuvre, fagots … À droite, expérimentation à l’INRA : les vaches viendront directement manger les branches, une fois les arbres recépés.
Deux chouettes blotties dans un trou d'un arbre creux
Chouette chevêche dans un arbre ceux

Les trognes, du fait de leur cavité, constituent de véritables refuges écologiques : martres, chouettes, amphibiens, insectes … la liste est longue des habitants de ces arbres particuliers … preuve qu’on peut concilier production et écologie !

Le réemploi

Le bois figure parmi les bons élèves des matériaux recyclés lors de la démolition des bâtiments (à 90 % selon l’ADEME). Toutefois, il est généralement broyé pour alimenter des chaufferies, l’industrie du papier, ou pour fabriquer des panneaux d’agglomérés. Or, réutiliser du bois de construction … dans la construction possède un meilleur bilan environnemental. Sa réutilisation ne nécessite en effet pas de transformation, consommatrice d’énergie … sans parler de voir partir de belles pièces de charpente en chaufferie comme une vulgaire palette !

De gauche à droite : vue extérieure du bâtiment, panneaux colorés, tuiles mécaniques anciennes, bois. Vue intérieure : grande baies vitrées, charpente bois, grande hauteur sous plafond. Vue de la façade extérieure sud, oblique
Preuve que réemploi et qualité architecturale sont compatibles : un bâtiment en bois issu de la déconstruction réalisée par la coopérative Bellastock
© Bellastock – Clément Guillaume 2018

Les haies, les arbres des ville, le bois de construction recyclé, constituent une ressource sous-estimée et sous-employée. Ces gisements méconnus ont toute leur place au côté du bois issu de forêts variées (feuillus, résineux …), gérées durablement et source de biodiversité.

Coopératives citoyennes d’énergie : acteurs de la transition

Depuis une quinzaine d’année, de nombreuses coopératives citoyennes d’énergie émergent. L’ouverture des marchés de l’énergie à la concurrence, en mettant fin au monopôle d’EDF, a permis l’apparition d’acteurs privés mais également de structures contrôlées par la société civile. De formes juridiques diverses, décentralisées et démocratiques, les coopératives d’énergie s’invitent dans le paysage concurrentiel.

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Traction animale, ici et ailleurs

Dans nos sociétés industrielles, le rôle de nos animaux domestiques tend à devenir essentiellement « social ». Nous partageons nos vies avec eux car ils nous apportent de la joie, du bien-être. Pour les personnes fragiles, en maison de retraite par exemple, chiens et chats aident les résidents à dépasser leur difficultés, à « sortir de soi » pour entrer en contact avec l’autre. Le chien s’attache également à d’autres missions : on pense aux chiens d’aveugle ou aux chiens d’avalanches. Ailleurs, les animaux occupent bien d’autres fonctions, à commencer par la traction animale …

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Transports, bouchons et idées reçues …

Vue d'une rue de Paris avec problème de transports
Embouteillage de charrettes et voitures à Paris, début du XXe s

Au XVIIe siècle déjà, le poète Boileau dénonçait les conditions de circulation à Paris, preuve que les difficultés de transports datent quelque peu … Les bouchons sont source de nuisances considérables. Stress et temps perdu pour les usagers, impact sur la qualité de l’air, importantes quantités d’énergie perdues …

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Péniches et bateaux à voile : le retour ?

Le transport de marchandise reste très consommateur d’énergie et fortement émetteur de gaz à effet de serre. Alors que d’autres secteurs (logement, industrie …) diminuent leur consommation, le secteur du transport a augmenté ses rejets de gaz à effet de serre de 26 % entre 1990 et 2005.  Les avancées technologiques sur les bateaux à voile ou les nouvelles solutions « intermodales » fluviales constituent-elles une partie de la solution ?Lire la suite…

Mobilité : les nouvelles formes de déplacement

Le transport routier représente 16 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Un milliard de voitures circule dans le monde, chiffre croissant de manière exponentielle notamment du fait des pays émergents. En France, les gaz à effet de serre dus aux voitures particulières ont augmenté de 17 % entre 1990 et 2004 … Si la place de la voiture particulière doit diminuer, beaucoup d’entre nous se posent la question de son remplacement … Zoom sur les nouvelles formes de mobilité.Lire la suite…

Éclairage public, un gisement d’économie surprenant

L’éclairage public et l’éclairage des bâtiments consomment annuellement dans le monde 2700 TWh. Cela représente 6 fois la consommation totale d’électricité en France sur une année. Dans l’hexagone, un réacteur nucléaire est uniquement dédié à l’éclairage public, qui représente 38 % de la facture d’électricité des communes. La consommation totale d’électricité pour l’éclairage dans le monde produit 5 % des gaz à effet de serre. Le gisement d’économie d’énergie dans ce secteur est à la hauteur de ces chiffres colossaux.Lire la suite…