Filière laine : vers un renouveau français ?

Sur l’île d’Ouessant, les moutons auraient été sélectionnés pour leur couleur noire, afin de permettre aux femmes de marin de confectionner leur habit de deuil si leurs maris ne rentraient pas au port … Des légendes évoquant la laine se retrouvent dans quasiment toutes les régions françaises. La Belle au bois dormant s’endort en se piquant au fuseau d’un métier à tisser. Ces contes et légendes montrent l’importance de la laine dans notre société, avant l’arrivée des textiles synthétiques. Des passionnés tentent toutefois de faire revivre la filière laine française …

Petite histoire de la laine …

La filière laine au  XVIIe siècle : une paysanne tisse sur un rouet, enfants à ses côtés, palissade en bois, mur en pierres dans le fond, ustensiles de cuisines posés par terre
L’industrialisation de la laine commence au XIIIe siècle en Flandre, mais la production artisanale perdurera dans nos campagnes jusque dans les années 1950, comme sur ce tableau du XVIIe siècle

Des milliers d’années de sélection des moutons à poils longs ont permis d’obtenir l’animal que l’on connaît actuellement. Rappelons que le mouton est une « création humaine » puisqu’il n’existe pas en tant que tel dans la nature. Le mouflon sauvage, dont serait issu le mouton, possède en effet des poils courts, inutilisables pour faire des tissus. Le premier tissu en laine date de 10 000 ans et a été retrouvé en Judée. Longtemps, la laine a constitué le principal revenu des éleveurs, avant la viande ou le lait. Durant l’antiquité et le moyen-age, elle représentait la principale source de fibre textile, devant le lin, le chanvre ou encore la soie, réservée à une élite.

L’effondrement de la filière laine

Du XIXe siècle aux années 1970, Roubaix fait partie des trois capitales mondiales de la production lainière, avec Bradford en Angleterre et Verviers en Belgique.

La filière laine au  XIXe siècle : carte postale en noir et blanc de la filature Harmel Frère, énorme hangar, machines anciennes à perte de vue, courroies, femmes et bobines de laine au premier plan
Au plus fort de l’activité, en 1896, 185 000 personnes travaillaient dans des filatures de laine en France

La progressive disparition de cette industrie lainière tient à la concurrence, à partir des années 50, des textiles synthétiques. Moins chers, plus légers, ces tissus répondent aux attentes des consommateurs. La filière souffrira également d’investissements insuffisants pour moderniser les usines. La concentration de la fabrication dans des usines géantes, impossibles à rénover et moderniser, est également avancée comme cause du déclin. En 2013, 11 900 personnes travaillent dans le textile dans le nord, contre 171 000 en 1954. La fin de la filière impacte les bergers : de l’élevage des moutons pour la laine, on bascule après les années 50, à une production principalement destinée à la viande et pour une part moins importante, pour le lait. Aujourd’hui, tondre un mouton coûte plus cher que ce que rapporte la laine … lorsqu’elle n’est pas jetée !

Une nouvelle filière laine ?

Pionnière, la coopérative Ardelaine est lancée en 1982. Dans une région désertifiée, l’Ardèche, cette structure a relancé la filière laine dans son ensemble. La structure gère ainsi le cardage, la filature et la confection. Un nouveau débouché s’offre alors aux éleveurs de moutons locaux : avant Ardelaine, la laine était jetée !

Photographie de la filature ardéchoise avant rénovation : vues intérieures, machines en mauvais état, trous dans la toiture, pièces désaffectées
Abandonnée depuis les années 50, la dernière filature ardéchoise a été rachetée par les fondateurs d’Ardelaine en 1975 … 10 ans de travaux ont été nécessaires pour rénover les bâtiments et relancer la transformation de la laine
Brebis de race Raïole : robe blanche, cornes larges et enroulées, tête allongée, se reposant dans la paille
Brebis de race Raïole : la race est adaptée aux conditions difficiles des terres pauvres. Elle peut se nourrir de glands et de châtaignes

Plus récemment, en 2015, les éleveurs de brebis de race Raïole s’organisent pour relancer une filière laine dans les Cévennes. Raïolaine est ainsi créée et permet de valoriser la laine en utilisant les savoirs-faire locaux. Les toisons sont d’abord envoyées en Haute-Loire, dans la dernière entreprise de lavage de laine française. Cette entreprise, Laurent Laine, transforme également une partie de la laine en nappes, couettes ou oreillers. L’entreprise est également associée à une structure d’insertion, l’Atelier de la Bruyère, qui transforme la laine en feutre.

Bien d’autres exemples montrent un renouveau de la laine en France. Dans les Alpes-Maritimes, les éleveurs se sont regroupés pour transformer leur laine en tapis. En région Paca et Rhône-Alpes, l’association Mérilainos transforme les toisons en pelotes de laine distribuée en vente directe par les producteurs. En Ariège, Laines Paysannes, transforment la matière issue d’une quinzaine d’élevages ariégeois pour en faire écharpes, bonnets, sweats, pulls, tapis … Plus localement, la coopérative agricole « Les Toisons Bretonnes » basée à la Chapelle-sur-Erdre près de Nantes, valorise la laine de moutons originaires de Bretagne (races « Landes de Bretagne » et « Belle-Île »). La laine, issue d’une quinzaine d’élevages locaux, est envoyée au lavage en Haute-Loire puis transformée dans la Creuse. La coopérative en assure ensuite la commercialisation.

Le nombre d’emplois créés par ces filières en renaissance ne peut bien sûr soutenir la comparaison avec ce que fut autrefois la filière laine en France et ses centaines de milliers d’emplois. Toutefois, entre préoccupations environnementales et réflexions sociales, ces filières courtes, socialement responsables, trouvent petit à petit un public en attente de produits locaux, écologiques et renouvelables.

Espaces verts et écopâturage : bilan écologique

L’entretien mécanisé des espaces verts présente un impact environnemental supérieur à l’écopâturage. On pense bien évidemment à la pollution émise par l’utilisation des machines, mais l’entretien motorisé engendre d’autres nuisances écologiques, moins visibles. De la fabrication des machines aux impacts sur la biodiversité lors de la tonte, du transport des déchets verts aux nuisances sonores, la gestion des espaces verts … n’est pas toujours verte ! Petit tour d’horizon comparatif des deux méthodes.

Tondeuse thermique : un bilan environnemental non négligeable

En moins de 50 ans, la gestion des espaces verts s’est extrêmement mécanisée. On passe du râteau au souffleur, de la faux au débroussailleur, du sécateur au taille-haie thermique ou électrique … Sans remettre en question ces outils et leur bénéfice en terme de qualité de travail, de pénibilité, ceux-ci ont un impact environnemental non négligeable.

Tondeuse vs location de mouton ; espaces verts et écopâturage : photo de tondeuse rouillée et abîmée, couleur jaune
Même hors d’usage, une tondeuse consommera encore de l’énergie : il faudra la recycler

Le matériel thermique consomme du carburant, engendrant des gaz à effet de serre. Une étude américaine montre que les tondeuses et débroussailleuses ont émis 20 millions de tonnes de CO2 en 2011. Plus généralement, la construction et le recyclage de l’ensemble de ces machines représente de l’énergie grise.

Le matériel thermique impacte également la qualité de l’air : une tondeuse 2 temps émet autant de polluants dans l’atmosphère que 40 voitures ! Heureusement, ce type de moteur tend à être remplacé par des moteurs 4 temps, moins polluants. Mais selon une étude canadienne, 3 à 5 % de la pollution de l’air de ce pays serait dû au matériel de jardinage !

Et l’électrique ?

Photo d'une batterie électrique lithium-ion, composée de différentes cellules et câbles pour les relier en série
Les batteries lithium-ion ne sont pas encore recyclées. Les industriels y travaillent pour absorber les quantités importantes de batteries en fin de vie, provenant notamment des voitures électriques

Le matériel électrique possède des qualités indéniables : léger, ergonomique (batteries à dos pour débroussailleuse par exemple), pas de pollution directe, faible impact en terme de gaz à effet de serre lors de l’utilisation, faible bruit par rapport à des outils thermiques. Le bilan est moins bon côté batteries : les mines de lithium impactent fortement l’environnement. Au niveau social, les conditions de travail des mineurs sont également dénoncées.

Une bonne manière de limiter l’impact des machines de tonte … est de moins tondre ! Dans les entreprises, dans les communes, autour des magasins, trop de pelouses sont tondues trop souvent ! Une gestion écologique des espaces verts peut ainsi passer par la mise en place de prairie fleurie ou de zones simplement fauchées une fois l’an, plus riches en biodiversité que les pelouses rases.

Écopâturage : une solution plus écologique pour les espaces verts

Écopâturage et espaces verts, location de moutons : photo couleur sépia, berger avec son chien, moutons en premier plan, bord de Loire
L’écopâturage, une pratique ancienne : un berger fait paître ses moutons en bord de Loire. Carte postale de la fin du XIXe siècle. Bords de routes, fossés, bords de rivières … les animaux ont depuis longtemps contribué à la gestion de la végétation

Lorsqu’on pense aux avantages écologiques de l’écopâturage, l’absence de consommation de carburant vient naturellement à l’esprit. Moins visible, la « fabrication » des moutons ne nécessite pas d’énergie grise et il n’est pas nécessaire de le recycler ! De même, l’écopâturage n’impacte pas la qualité de l’air. En remplacement de gros engins, cette méthode évite le tassement du sol, surtout quand elle utilise des petits animaux, légers, comme le mouton d’Ouessant.

Un particulier vide des déchets d'espaces verts (ici de la pelouse) dans une benne dans une déchetterie
Un geste anodin, qui engendre des gaz à effets de serre : un particulier dépose de la tonte de pelouse en déchetterie

Autre avantage, l’écopâturage ne génère pas de déchets verts. 10 millions de tonnes, issus des espaces verts, sont produites chaque année en France. Les résidus de tonte en font partie, parfois emmenés en déchetterie, générant de nouvelles dépenses de carburant.

L’écopâturage n’est cependant pas neutre en gaz à effet de serre. Les tournées régulières de visites aux animaux engendrent des dépenses de carburant et l’activité digestive des animaux dégage du méthane, gaz contribuant au réchauffement climatique. Toutefois, l’empreinte carbone de l’entretien par machines pèse lourd : transport jusqu’aux sites à entretenir, avec du matériel lourds (camions, remorques), consommation des machines de tonte, énergie grise liée à leur fabrication et leur recyclage, transport des résidus de tonte vers les déchetteries, gestion de ces déchets … De même, des recherches montrent qu’une prairie pâturée stocke plus de carbone qu’une prairie fauchée et que ce stockage de CO2 compense les émissions de méthane des animaux. Autre avantage de l’écopâturage : l’absence totale de bruit ! Enfin, l’écopâturage favorise une faune et une flore plus variées. La tonte ou le fauchage engendrent en effet une importante mortalité d’insectes, en écopâturage, la gestion des prairies se fait de manière douce. Des études montrent également une plus grande hétérogénéité de plantes dans les prairies pâturées que dans les espaces régulièrement tondus.

Au delà des espaces verts : la diversification de l’écopâturage

Vache Highland (poils longs, bruns-crème, museau et contours des yeux noirs) dans une prairie. En arrière-plan : une pêcherie et la Loire. Corsept, département 44
Exemple d’un terrain difficile à entretenir, géré en écopâturage : une digue de la Loire, entre Saint-Brevin et Corsept (Loire-Atlantique, département 44)

Tous les espaces verts ne se prêtent pas à l’écopâturage : terrains de sports, aires de pique-nique etc. ne peuvent pas nécessairement accueillir des animaux ! Cependant, bien des terrains tondus ou fauchés peuvent être entretenus en écopâturage. Mieux encore, des terrains difficiles d’entretien (pentes, zones humides, zone fragiles …) sont plus adaptés à un entretien par pâturage que par machines. Cette solution évite les risques d’accident lors de la tonte en zone pentue, les troubles musculo-squelettique liés à l’emploi de débroussailleuse dans des secteurs difficiles. L’écopâturage permet de mieux gérer les zones fragiles, comme les milieux humides ou les pelouses calcaires, à condition d’être pratiqué de manière extensive.

Écopâturage et espaces verts : photo d'une prairie calcaire, prairie en premier plan avec ombellifères et bouleaux en arrière plan. À droite, photographie d'une orchidée bourdon en gros plan
Le pâturage extensif contribue à la gestion de milieux fragiles, comme les pelouses calcaires : non entretenus, ces milieux vont s’appauvrir en terme de biodiversité et des plantes, telle l’orchidée bourdon, typique de ces milieux, risque de disparaître …

L’écopâturage est également utilisé en agriculture. Entre deux cultures, les agriculteurs sèment des couverts végétaux, appelés aussi cultures intermédiaires. Ces cultures évitent l’érosion du sol et, broyées, elles apportent de la matière organique et « nourrissent » le sol. Pour éviter de les broyer mécaniquement ou de les traiter au désherbant pour les détruire, des agriculteurs les font brouter par des moutons. Plus surprenant, des essais sont aussi menés dans le blé. Les moutons sont placés pour une courte période dans les cultures et vont brouter la feuille. La céréale va alors taller, c’est à dire multiplier les repousses … et donc les épis !

Location de moutons d'Ouessant : un mâle à grandes cornes au centre de la photo, dans des rangées de vignes en pente. Autre photo de mouton Hampshire (beige, nez noir) sous des jeunes pommiers plantés en ligne
A gauche, mouton d’Ouessant dans des vignes, ici en Champagne (des essais ont aussi été menés dans le vignoble du Muscadet, en Loire-Atlantique). À droite, moutons du Verger du pays de Josselin dans le Morbihan

Vu les avantages écologiques de ce mode de gestion, en terme de consommation d’énergie, de silence, de biodiversité, de qualité de l’air, il est sûr que le retour des animaux pour l’entretien d’espaces verts et d’espaces naturels n’en est qu’à ses débuts. Dans l’agriculture, on redécouvre les nombreux avantages de l’association entre cultures et élevage. Socialement, l’écopâturage améliore le cadre de vie : la présence d’animaux modifie positivement l’ambiance, notamment en milieu urbain. Enfin, l’écopâturage contribue de manière ludique à l’éducation à l’environnement : l’ensemble des thèmes présentés dans cet article peuvent faire l’objet d’animations, de discussions pour aborder les questions environnementales !

Terres agricoles et épargne citoyenne

L’artificialisation des terres agricoles et le rachat de terres pour l’agrandissement des fermes existantes compliquent l’installation de nouveaux agriculteurs. Pourtant, citoyens, associations, municipalités se mobilisent pour installer des paysans. Tour d’horizon de ces initiatives solidaires pour faire vivre une agriculture saine et locale !

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Traction animale, ici et ailleurs

Dans nos sociétés industrielles, le rôle de nos animaux domestiques tend à devenir essentiellement « social ». Nous partageons nos vies avec eux car ils nous apportent de la joie, du bien-être. Pour les personnes fragiles, en maison de retraite par exemple, chiens et chats aident les résidents à dépasser leur difficultés, à « sortir de soi » pour entrer en contact avec l’autre. Le chien s’attache également à d’autres missions : on pense aux chiens d’aveugle ou aux chiens d’avalanches. Ailleurs, les animaux occupent bien d’autres fonctions, à commencer par la traction animale …

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Mouton : le connaissez-vous ?

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