Espaces verts et écopâturage : bilan écologique

L’entretien mécanisé des espaces verts présente un impact environnemental supérieur à l’écopâturage. On pense bien évidemment à la pollution émise par l’utilisation des machines, mais l’entretien motorisé engendre d’autres nuisances écologiques, moins visibles. De la fabrication des machines aux impacts sur la biodiversité lors de la tonte, du transport des déchets verts aux nuisances sonores, la gestion des espaces verts … n’est pas toujours verte ! Petit tour d’horizon comparatif des deux méthodes.

Tondeuse thermique : un bilan environnemental non négligeable

En moins de 50 ans, la gestion des espaces verts s’est extrêmement mécanisée. On passe du râteau au souffleur, de la faux au débroussailleur, du sécateur au taille-haie thermique ou électrique … Sans remettre en question ces outils et leur bénéfice en terme de qualité de travail, de pénibilité, ceux-ci ont un impact environnemental non négligeable.

Tondeuse vs location de mouton ; espaces verts et écopâturage : photo de tondeuse rouillée et abîmée, couleur jaune
Même hors d’usage, une tondeuse consommera encore de l’énergie : il faudra la recycler

Le matériel thermique consomme du carburant, engendrant des gaz à effet de serre. Une étude américaine montre que les tondeuses et débroussailleuses ont émis 20 millions de tonnes de CO2 en 2011. Plus généralement, la construction et le recyclage de l’ensemble de ces machines représente de l’énergie grise.

Le matériel thermique impacte également la qualité de l’air : une tondeuse 2 temps émet autant de polluants dans l’atmosphère que 40 voitures ! Heureusement, ce type de moteur tend à être remplacé par des moteurs 4 temps, moins polluants. Mais selon une étude canadienne, 3 à 5 % de la pollution de l’air de ce pays serait dû au matériel de jardinage !

Et l’électrique ?

Photo d'une batterie électrique lithium-ion, composée de différentes cellules et câbles pour les relier en série
Les batteries lithium-ion ne sont pas encore recyclées. Les industriels y travaillent pour absorber les quantités importantes de batteries en fin de vie, provenant notamment des voitures électriques

Le matériel électrique possède des qualités indéniables : léger, ergonomique (batteries à dos pour débroussailleuse par exemple), pas de pollution directe, faible impact en terme de gaz à effet de serre lors de l’utilisation, faible bruit par rapport à des outils thermiques. Le bilan est moins bon côté batteries : les mines de lithium impactent fortement l’environnement. Au niveau social, les conditions de travail des mineurs sont également dénoncées.

Une bonne manière de limiter l’impact des machines de tonte … est de moins tondre ! Dans les entreprises, dans les communes, autour des magasins, trop de pelouses sont tondues trop souvent ! Une gestion écologique des espaces verts peut ainsi passer par la mise en place de prairie fleurie ou de zones simplement fauchées une fois l’an, plus riches en biodiversité que les pelouses rases.

Écopâturage : une solution plus écologique pour les espaces verts

Écopâturage et espaces verts, location de moutons : photo couleur sépia, berger avec son chien, moutons en premier plan, bord de Loire
L’écopâturage, une pratique ancienne : un berger fait paître ses moutons en bord de Loire. Carte postale de la fin du XIXe siècle. Bords de routes, fossés, bords de rivières … les animaux ont depuis longtemps contribué à la gestion de la végétation

Lorsqu’on pense aux avantages écologiques de l’écopâturage, l’absence de consommation de carburant vient naturellement à l’esprit. Moins visible, la « fabrication » des moutons ne nécessite pas d’énergie grise et il n’est pas nécessaire de le recycler ! De même, l’écopâturage n’impacte pas la qualité de l’air. En remplacement de gros engins, cette méthode évite le tassement du sol, surtout quand elle utilise des petits animaux, légers, comme le mouton d’Ouessant.

Un particulier vide des déchets d'espaces verts (ici de la pelouse) dans une benne dans une déchetterie
Un geste anodin, qui engendre des gaz à effets de serre : un particulier dépose de la tonte de pelouse en déchetterie

Autre avantage, l’écopâturage ne génère pas de déchets verts. 10 millions de tonnes, issus des espaces verts, sont produites chaque année en France. Les résidus de tonte en font partie, parfois emmenés en déchetterie, générant de nouvelles dépenses de carburant.

L’écopâturage n’est cependant pas neutre en gaz à effet de serre. Les tournées régulières de visites aux animaux engendrent des dépenses de carburant et l’activité digestive des animaux dégage du méthane, gaz contribuant au réchauffement climatique. Toutefois, l’empreinte carbone de l’entretien par machines pèse lourd : transport jusqu’aux sites à entretenir, avec du matériel lourds (camions, remorques), consommation des machines de tonte, énergie grise liée à leur fabrication et leur recyclage, transport des résidus de tonte vers les déchetteries, gestion de ces déchets … De même, des recherches montrent qu’une prairie pâturée stocke plus de carbone qu’une prairie fauchée et que ce stockage de CO2 compense les émissions de méthane des animaux. Autre avantage de l’écopâturage : l’absence totale de bruit ! Enfin, l’écopâturage favorise une faune et une flore plus variées. La tonte ou le fauchage engendrent en effet une importante mortalité d’insectes, en écopâturage, la gestion des prairies se fait de manière douce. Des études montrent également une plus grande hétérogénéité de plantes dans les prairies pâturées que dans les espaces régulièrement tondus.

Au delà des espaces verts : la diversification de l’écopâturage

Vache Highland (poils longs, bruns-crème, museau et contours des yeux noirs) dans une prairie. En arrière-plan : une pêcherie et la Loire. Corsept, département 44
Exemple d’un terrain difficile à entretenir, géré en écopâturage : une digue de la Loire, entre Saint-Brevin et Corsept (Loire-Atlantique, département 44)

Tous les espaces verts ne se prêtent pas à l’écopâturage : terrains de sports, aires de pique-nique etc. ne peuvent pas nécessairement accueillir des animaux ! Cependant, bien des terrains tondus ou fauchés peuvent être entretenus en écopâturage. Mieux encore, des terrains difficiles d’entretien (pentes, zones humides, zone fragiles …) sont plus adaptés à un entretien par pâturage que par machines. Cette solution évite les risques d’accident lors de la tonte en zone pentue, les troubles musculo-squelettique liés à l’emploi de débroussailleuse dans des secteurs difficiles. L’écopâturage permet de mieux gérer les zones fragiles, comme les milieux humides ou les pelouses calcaires, à condition d’être pratiqué de manière extensive.

Écopâturage et espaces verts : photo d'une prairie calcaire, prairie en premier plan avec ombellifères et bouleaux en arrière plan. À droite, photographie d'une orchidée bourdon en gros plan
Le pâturage extensif contribue à la gestion de milieux fragiles, comme les pelouses calcaires : non entretenus, ces milieux vont s’appauvrir en terme de biodiversité et des plantes, telle l’orchidée bourdon, typique de ces milieux, risque de disparaître …

L’écopâturage est également utilisé en agriculture. Entre deux cultures, les agriculteurs sèment des couverts végétaux, appelés aussi cultures intermédiaires. Ces cultures évitent l’érosion du sol et, broyées, elles apportent de la matière organique et « nourrissent » le sol. Pour éviter de les broyer mécaniquement ou de les traiter au désherbant pour les détruire, des agriculteurs les font brouter par des moutons. Plus surprenant, des essais sont aussi menés dans le blé. Les moutons sont placés pour une courte période dans les cultures et vont brouter la feuille. La céréale va alors taller, c’est à dire multiplier les repousses … et donc les épis !

Location de moutons d'Ouessant : un mâle à grandes cornes au centre de la photo, dans des rangées de vignes en pente. Autre photo de mouton Hampshire (beige, nez noir) sous des jeunes pommiers plantés en ligne
A gauche, mouton d’Ouessant dans des vignes, ici en Champagne (des essais ont aussi été menés dans le vignoble du Muscadet, en Loire-Atlantique). À droite, moutons du Verger du pays de Josselin dans le Morbihan

Vu les avantages écologiques de ce mode de gestion, en terme de consommation d’énergie, de silence, de biodiversité, de qualité de l’air, il est sûr que le retour des animaux pour l’entretien d’espaces verts et d’espaces naturels n’en est qu’à ses débuts. Dans l’agriculture, on redécouvre les nombreux avantages de l’association entre cultures et élevage. Socialement, l’écopâturage améliore le cadre de vie : la présence d’animaux modifie positivement l’ambiance, notamment en milieu urbain. Enfin, l’écopâturage contribue de manière ludique à l’éducation à l’environnement : l’ensemble des thèmes présentés dans cet article peuvent faire l’objet d’animations, de discussions pour aborder les questions environnementales !

Écologie au cimetière

Depuis le 1er janvier 2017, les communes n’ont plus le droit d’utiliser des produits chimiques. Les cimetières échappent à cette réglementation en bénéficiant d’une dérogation. Pourtant ces espaces peuvent devenir de véritables réservoirs à biodiversité, à condition de changer notre regard sur ces lieux de repos et nos pratiques funéraires. La France compte 40 000 cimetières représentant 20 000 hectares (deux fois la surface de Paris). Vue la superficie concernée, l’écologie au cimetière est donc loin d’être anecdotique …

Cimetières minéraux, cimetières paysagers

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Enluminure présentant un cimetière « paysager » au Moyen-âge. Missel à l’usage du Mans, XVe siècle

Les cimetières français n’ont pas toujours été des espaces désherbés et gravillonnés. Les recherches historiques montrent que depuis le Moyen-âges et jusqu’au XVIIIe siècle, plantes et arbres sont largement présents au cimetière. « L’if, et le buis lugubre, et le lierre stérile, et la ronce à l’entour, croissent de toutes parts » écrit le poète Fontanes en 1795. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le cimetière minéral et ses alignements de tombes de marbre va s’imposer.

Ailleurs dans le monde, les cimetières peuvent être très végétalisés. La présence, ou non, de plantes ne dépend pas des religions ou des rites funéraires : on trouve aussi bien des cimetières chrétiens paysagers (au États-Unis ou au Canada par exemple) que des cimetières chrétiens plus minéraux, comme en Europe de l’Ouest.

Écologie au cimetière à travers le monde : cimetière parc au Canada (tombes sous des arbres), cimetières envahies de fleurs et de plantes en Roumanie et à la Réunion
Arbres et plantes dans des cimetières à travers le monde : de gauche à droite, au Canada, à la Réunion, en Roumanie

La végétalisation des cimetières

Si la loi autorise encore les produits chimiques dans les cimetières, le basculement des communes vers le zéro pesticide a indéniablement changé la manière de traiter les cimetières. Allées laissées en herbe, végétalisation entre les tombes, plantations d’arbres, le cimetière minéral a vécu.

Écologie au cimetière en France : vues d'un même cimetière sans aucune herbe, sable au sol, puis le même cimetière avec arbres et prairie fleurie plantés dans l'allée
Cimetière de Durtal (Maine-et-Loire) ou comment passer d’un espace stérile à une lieu riche de biodiversité

Végétaliser ces espaces augmente significativement le nombre d’espèces animales présentes. En 2017, au cimetière de Loyasse à Lyon, la LPO a recensé 4 espèces de mammifères, 3 de reptiles et 31 d’oiseaux.

Hérisson se promenant entre les tombes d'un cimetière
Un hérisson entre des tombes : très efficace contre les limaces qui abîment les pierres tombales

Depuis, un plan d’action biodiversité a été mis en place : petites mares, nichoirs, fauche tardive ont fait exploser le nombre d’espèces présentes. Libellules, lérots, écureuils roux, fouines, mulots sylvestres, chauves-souris et de nombreuses espèces d’oiseaux ont recolonisé le cimetière !

Écologie … et économie au cimetière

A Niort, dans les Deux-Sèvre, la ville a décidé de placer l’écologie au cœur de son projet de cimetière. Ici, pas de tombe de granit importé de Chine, pas de caveau mais une inhumation en pleine-terre. La charte précise que les linceuls et les habits du défunt doivent être en matière naturelle. Le cercueil est soit en bois non traité, soit en matière recyclée, les vernis garantis sans solvant afin d’éviter toute contamination des sols.

Vue aérienne du cimetière écologique : tombes simplement entourées de planches de bois, plantées de végétaux, pelouse et arbres
Obsèques et concessions « en pleine terre » coûtent entre 1500 € et 2500 € contre 5000 € ou plus dans un cimetière classique

L’absence de granit, de pierre tombale, souvent en provenance de Chine, améliore également le bilan environnemental : autant de transport et de matière à recycler d’économisés.

Renardeau regardant l'objectif, tombe floue au premier et en arrière plan, lumière rasante
Renardeau entre des tombes dans un cimetière parisien

En passant de lieux minéraux et froids à des espaces riches en végétation, les cimetières ont leur rôle à jouer dans la préservation de l’environnement. La méthode d’inhumation, le choix du cercueil, l’absence de caveau, de pierre tombale réduisent également le bilan environnemental. Reposer dans un endroit vivant, accueillant pour les insectes, les oiseaux, les petits mammifères, n’est-ce pas une manière de prolonger la vie après sa mort ?

Chevaux de race Pottocks, en écopâturage dans un cimetière à Agen : une autre manière écologique de gérer les lieux de mémoire !

un jardin vivant et accueillant

La biodiversité dans le monde est gravement menacée. A titre d’exemple, entre 1989 et 2016, 76 % des insectes volants ont disparu en Allemagne. En France, après l’arrêt des pesticides pour les collectivités locales, l’interdiction s’étend aux particuliers. Depuis le 1er janvier, il est interdit d’utiliser des produits chimiques au jardin. Ces mesures contribuent à la préservation de la biodiversité et quelques recettes simples favorisent le retour de nombreux insectes et petits mammifères …Lire la suite…

Faune urbaine, une source de bien-être

On connaît depuis longtemps les effets bénéfiques de la faune urbaine sauvage sur la régulation de nuisibles. Certains oiseaux, par exemple, prédatent les rongeurs (mulots, souris …) et de nombreux insectes.  Coincé entre marais de Brière et marais de Guérande, notre secteur pullulerait de moustiques sans oiseaux des villes ! Mais les animaux en milieu urbain révèlent d’autres atouts, plus méconnus …Lire la suite…

L’abeille d’Ouessant, l’autre star de l’île …

L’abeille noire d’Ouessant, récit de sa réinstallation

En 1978, Georges Hellequin, apiculteur amateur, réintroduit deux ruches sur Ouessant, ruches qui avaient complètement disparu de l’île. Dix ans plus tard, devant les attaques massives de varroa (acarien provoquant une sévère mortalité des abeilles), d’autres apiculteurs décident de mettre des ruches à l’abri sur l’île. En effet, la vingtaine de kilomètres qui sépare l’île du continent n’est pas franchissable par les abeilles, et donc par les acariens qu’elles hébergent. Les abeilles importées font partie de l’écotype breton, originaire des monts d’Arrée, des Abers et des Montagnes Noires.  Non hybride, exempte de tous virus et bactérie, l’abeille d’Ouessant devient une race témoin. Elle sert de référence européenne, d’un cas d’étude pour la conservation de l’espèce dans son ensemble.Lire la suite…